En 2003, la France a vécu une importante vague de chaleur. Durant cette canicule, près de 15 000 personnes sont décédées, un chiffre considérable. À la suite de ce drame, une loi relative à la solidarité pour l’autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées a été adoptée le 30 juin 2004, sous l’impulsion du gouvernement du Premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin.
Plus précisément, cette « journée de solidarité », qui consiste en une journée de travail supplémentaire non rémunérée, est destinée à financer des actions en faveur de l’autonomie des personnes vulnérables (personnes âgées ou handicapées), notamment lors des périodes de canicule. Par ailleurs, les employeurs versent une contribution solidarité autonomie (CSA), égale à 0,30 % de leur masse salariale, à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). Les retraités imposables paient également une contribution distincte, la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie (CASA), de 0,30 % de leur pension.
D’après la CNSA, en 2026, « la Journée de solidarité mobilise 3,36 milliards d’euros au sein d’un effort national de 43,37 milliards. Derrière ces investissements, ce sont les parcours de vie de 7,7 millions de personnes qui sont soutenus au quotidien ». À cette journée s’ajoutent d’autres contributions : la CSG (38,56 milliards), la taxe sur les salaires (1,10 milliard), la taxe spéciale sur les conventions d’assurances (0,25 milliard), la dotation État Ségur (0,04 milliard) et diverses autres ressources (0,06 milliard).
Si l’on se concentre sur la seule journée de solidarité, celle-ci aurait rapporté, entre 2004 et 2023, environ 45 milliards d’euros via la seule CSA, représentant environ 75 % du montant total de la journée de solidarité. À cela s’ajoutent les années 2025 et 2026, qui ont rapporté chacune environ 3,4 milliards d’euros en tout. Au total, la journée de solidarité, via la seule CSA (en considérant qu’elle représente environ 75 % du montant total de la journée de solidarité pour la période 2024-2026 et qu’en 2024 le dispositif aurait généré environ 3,4 milliards d’euros par an), aurait permis de collecter près de 52 milliards d’euros depuis sa création.
Selon la CNSA, ces ressources contribuent à « moderniser l’offre », à accompagner la « transformation numérique », à soutenir le « développement de nouvelles formes d’habitat intermédiaire » ainsi qu’à financer la « revalorisation salariale » de certains professionnels. Mais elle explique également que « la généralisation du Service public départemental de l’autonomie a marqué une étape décisive en 2025. Objectif : ne plus renvoyer les personnes de guichet en guichet ». Avions-nous besoin d’une journée de solidarité pour cela ? On apprend aussi que « les agences régionales de santé et les départements disposent désormais d’outils partagés de pilotage et se sont engagés dans des conventions tripartites pour adapter les réponses aux réalités locales ». Cela paraît tout de même quelque peu flou…
Naturellement, une question s’impose : les résultats de l’utilisation de cet argent sont-ils positifs ? Pas vraiment. Et un exemple très récent semble le confirmer : la semaine de canicule de juin 2026. En effet, l’argent de la journée de solidarité a pour objectif de mieux protéger les personnes les plus vulnérables lors des épisodes de fortes chaleurs notamment.
Or, Santé publique France a enregistré plus de 1 200 décès le 24 juin, puis plus de 1 400 décès quotidiens les 25 et 26 juin, un nombre supérieur à la moyenne en raison des fortes chaleurs. Toujours selon Santé publique France, « environ 1 000 décès supplémentaires (chiffres non consolidés) ont donc été observés par rapport aux décès observés les mois précédents ». Une augmentation logiquement plus marquée dans les régions placées en vigilance rouge. De plus, « 85% des décès observés concernent les personnes de 65 ans et plus », tandis qu’une hausse des décès a également été constatée en EHPAD et à domicile (les chiffres étant sous-estimés).
Bien que la journée de solidarité ne soit pas uniquement destinée aux personnes âgées, l’exemple de la canicule nous amène à nous interroger : sommes-nous réellement armés pour protéger les personnes les plus vulnérables dans des situations aussi critiques ? Rien n’est moins sûr.
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