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mercredi 9 septembre 2026

Dépenses publiques et salaires des fonctionnaires : Jean-Luc Mélenchon raconte des bobards !

Temps de lecture : 3 minutes

« La dépense française de l’État est dans la moyenne européenne, le salaire des fonctionnaires a reculé de six points dans le PIB et la dépense de l’État de sept points en 20 ans. Donc il faut cesser de dire que l’État jette l’argent par les fenêtres. » Voilà les déclarations de Jean-Luc Mélenchon, leader de La France Insoumise, et candidat à l’élection présidentielle de 2027 lors du débat organisé par le MEDEF le 27 août dernier. Autrement dit, un grand mélange de sottises, qui ne fait que renforcer l’amateurisme économique du leader de La France Insoumise.

Première affirmation : la France serait dans la moyenne européenne en matière de dépenses publiques. C’est complètement faux. Selon les chiffres d’Eurostat, en 2025, les dépenses des administrations publiques françaises représentaient 57,2 % du PIB, contre 49,5 % en moyenne dans l’Union européenne à 27 et 49,8 % dans la zone euro. La France dépense donc près de 8 points de PIB de plus que la moyenne européenne. Elle se situe même parmi les pays où la dépense publique est la plus élevée, comme en Finlande (57,5 %). À titre de comparaison, l’Allemagne est à 50,5 %, l’Espagne à 45,3 % et les Pays-Bas à 44,9 %. En 2025, les administrations publiques françaises ont dépensé 1 714 milliards d’euros selon l’INSEE.

On objectera que M. Mélenchon a pris soin de dire « la dépense française de l’État » et non « la dépense publique ». C’est là que réside l’astuce. Prises isolément, les dépenses de l’État ne font effectivement pas de la France une exception : 608 milliards d’euros en 2025, soit 20,6 % du PIB, et 681 milliards, soit 22,7 %, avec les organismes divers d’administration centrale. Mais si ce chiffre paraît raisonnable, c’est pour une raison purement mécanique : en France, l’État ne porte qu’une fraction de la dépense. L’État et ses organismes n’en représentent que 36 %, contre 45 % pour la sécurité sociale et 19 % pour les collectivités locales. Isoler l’État revient donc à retirer du calcul près des deux tiers de la dépense, puis à s’étonner que le reste soit dans la moyenne. C’est soutenir qu’un ménage vit sobrement en ne comptant que ses dépenses de chauffage. Le contribuable, lui, paie l’ensemble.

Il est vrai que la part de l’État dans la dépense publique a diminué. Mais elle a diminué parce que la sécurité sociale et les collectivités ont progressé plus vite que lui, les dépenses locales ayant augmenté de 3,1 points de PIB depuis 1978, pour environ la moitié du fait de transferts de compétences venus de l’État lui-même. Autrement dit, l’État n’a pas dépensé moins : il a déplacé la dépense. En faire une preuve de sobriété budgétaire relève de la prestidigitation, pas de la statistique.

Deuxième affirmation : le « salaire des fonctionnaires » aurait reculé de six points de PIB. Là encore, le chiffre ne résiste pas à la comparaison avec les comptes nationaux et ce qu’indique le RESF. L’indicateur statistique le plus proche est celui des rémunérations des salariés des administrations publiques, qui inclut des salaires mais aussi les cotisations patronales publiques. En 2005, ces rémunérations représentaient environ 13,5 % du PIB. En 2025, elles atteignent 370 milliards d’euros soit environ 12,7 %. La baisse est donc de l’ordre de 0,8 point de PIB, et non de six points. Sur longue période, c’est même l’inverse : hors cotisations de l’État employeur, la masse salariale publique pesait 10,2 % du PIB en 1975 et 10,6 % en 2025.

Troisième affirmation : les dépenses de l’État auraient diminué de sept points de PIB en vingt ans. Là-aussi, c’est une affirmation complètement fausse ! Les dépenses publiques françaises dans leur ensemble représentaient 54,3 % du PIB en 2005, contre 57,3 % en 2025. Sur vingt ans, elles ont donc au contraire augmenté d’environ trois points de PIB, et non diminué de sept. Certes, la période comprend le choc de la crise sanitaire et les années 2020-2022, mais même en prenant 2019 comme point de comparaison, les dépenses publiques atteignaient déjà 55,3 % du PIB, soit un niveau supérieur d’un point de pourcentage par rapport à 2005. En 2005, les dépenses de l’État s’élevaient à environ 388 milliards d’euros. En 2025, elles atteignent 607,7 milliards d’euros, selon les comptes nationaux de l’Insee. Leur progression en valeur est considérable.

Il suffit d’ailleurs de convertir ces prétendues baisses en euros pour en mesurer l’invraisemblance : un point de PIB représente aujourd’hui près de 30 milliards d’euros. Six points de masse salariale en moins, ce serait 180 milliards économisés sur les rémunérations publiques, soit près de la moitié de leur montant. Sept points de dépenses de l’État en moins, ce serait 210 milliards, le tiers du budget de l’État évaporé sans que personne s’en aperçoive.

Ce qui est le plus inquiétant, c’est que Jean-Luc Mélenchon peut dire n’importe quoi. Dans ses meetings et sur les plateaux télé. Et personne ne le reprend.

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