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mercredi 7 octobre 2026

Éducation nationale : ce que les « parcours » coûtent à l’école

Temps de lecture : 3 minutes

« Parcourir : se déplacer en suivant une direction plus ou moins déterminée, aller dans une, plusieurs, toutes les parties de. »

Je ne remercierai jamais assez le Trésor de la langue française d’éclairer pour moi le langage de l’Éducation nationale. Par avance, je demanderai aussi pardon à mes lecteurs pour le vertige qui risque de les saisir. Si 15 % de nos écoliers n’atteignent même pas le niveau le plus bas en mathématiques – deux fois plus que dans l’Union européenne – notre administration, elle, donne plutôt une idée de l’infini. Ce courage est pourtant nécessaire : pour comprendre l’échec de notre école, il faut la lire ; lire cette montagne prodigieuse de textes aussi pompeux qu’incompréhensibles, qui forment pourtant ses nerfs et son sang.

Il ne suffit pas, oh non, d’incriminer les programmes. Ces derniers, élaborés par le Conseil supérieur des programmes, n’ont rien de scandaleux, mais ne constituent qu’une part étroite de l’ensemble. Déjà, le socle commun de connaissances, de compétences et de culture en forme le doublon. La troisième dimension du casse-tête est celle des parcours, dont le premier, le parcours d’éducation artistique et culturelle, fut institué en mai 2013 sous le ministère de Vincent Peillon, et que ses successeurs ont empilés avec constance.

Ces parcours obligatoires sont aujourd’hui au nombre de quatre : le parcours Avenir, créé en 2015 ; le parcours citoyen, institué par la circulaire du 20 juin 2016 ; le parcours d’éducation artistique et culturelle ; le parcours éducatif de santé, né en janvier 2016. Trois des quatre sont donc l’œuvre de Najat Vallaud-Belkacem, et non de la majorité suivante. Un cinquième, le parcours d’excellence, a été ajouté en août 2016 pour l’éducation prioritaire. Tous viennent s’ajouter aux programmes et au socle, eux aussi obligatoires. Si les heures de cours sont en diminution constante, l’univers administratif qui les régente, lui, est en expansion accélérée.

L’intérêt de ces parcours apparaît quand on consulte la circulaire instituant le parcours citoyen : justifier l’existence de services administratifs. Les humbles professeurs peuvent ainsi faire appel aux « instances existantes : conseil de cycle, conseil école-collège, conseil pédagogique, comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté, comité départemental d’éducation à la santé et à la citoyenneté et comité académique d’éducation à la santé et à la citoyenneté ». Apparemment, quand on dirige un bureau du rectorat et qu’on n’affiche pas au moins six mots sur sa porte, on a raté sa carrière.

« L’éducation au développement durable » : 20 mesures et 8 gestes pour…sauver la planète

Dans ce fameux parcours citoyen : transmission des valeurs républicaines, transmission du principe de laïcité, culture d’égalité entre les sexes, lutte contre les discriminations, contre le harcèlement, contre l’homophobie, éducation au développement durable, éducation aux médias et à l’information, à la défense, développement de la culture du droit.

Suivons un affluent parmi les autres, l’éducation au développement durable. Cette dernière recommande vingt mesures et huit gestes pour sauver la planète. On y trouvera, parmi tant d’autres choses, un kit pédagogique en onze fiches pour la journée nationale de la qualité de l’air, les quarante-quatre pages du guide Agir pour la transition écologique, les soixante-douze pages du Vademecum pour l’éducation au développement durable, les quinze pages du dossier L’école, premier lieu de l’engagement pour la transition écologique, les dix-huit pages du référentiel pédagogique correspondant, listant un nombre improbable de compétences, savamment catégorisées en « domaines », en « cycles », en « sphères », en « niveaux », en « dimensions », en « repères de maîtrise », « connaissances », « capacités » et autres « attitudes »…

Je n’ai fait là que descendre, au hasard, le fil d’une seule sous-partie d’un seul des parcours. J’aurais pu bifurquer n’importe où et suivre jusqu’à la perte de sens n’importe quel filament de cette arborescence illimitée.

Voilà de quoi meurt notre école, et voilà pourquoi elle coûte si cher pour des résultats aussi piteux. La dépense intérieure d’éducation a atteint 199,2 milliards d’euros en 2025, un record, pendant que nos élèves de CM1 obtenaient 484 points en mathématiques contre 524 dans l’Union européenne. Tout discours qui ne mettra pas en avant la lutte contre cette inflation textuelle hors de contrôle se trompera, lui aussi, de chemin, parcourant « toutes les parties » sauf la bonne.

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

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