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vendredi 6 novembre 2026

Intelligence artificielle : Wall Street sait que la régulation est un risque

Temps de lecture : 2 minutes

Ce n’est pas encore l’éclatement d’une bulle boursière, mais un sérieux et soudain revers pour les valeurs liées à l’intelligence artificielle. Deux jours après la déroute de Donald Trump aux élections de mi-mandat, lui qui était censé garantir l’essor sans régulation du secteur, les valeurs technologiques ont subi un violent mouvement de vente mondial. Le Nasdaq a perdu 5,52 % le 5 novembre, sa pire séance depuis avril 2025, et environ 3 200 milliards de dollars de capitalisation se sont évaporés en une seule séance selon le Financial Times.

Le motif de la panique est politique. Les démocrates préparent, pour janvier, une salve de propositions de loi encadrant les systèmes d’intelligence artificielle et la construction des centres de données. Le texte de référence existe déjà : l’AI Data Center Moratorium Act, déposé en mars par Alexandria Ocasio-Cortez et Bernie Sanders, qui gèlerait la construction de nouveaux centres jusqu’à l’adoption d’une réglementation fédérale. Des dizaines de communes ont voté le même jour des restrictions locales. Le marché n’a pas réagi à une mauvaise nouvelle économique, mais à une mauvaise nouvelle réglementaire.

Le recul était d’ailleurs engagé depuis plusieurs semaines. Depuis son record du 6 octobre, le Nasdaq 100 a perdu près de 15 % et les «  Sept Magnifiques  » 9,5 % de leur capitalisation cumulée, soit près de 2 400 milliards de dollars, un record historique. Nvidia a chuté de 24 %, Alphabet de 18 % et Meta de 16,5 %.

L’Asie a plongé plus violemment encore. Le Nikkei 225 est tombé à 57 271 points, plus de 20 % sous son record du 22 juin, et Taïwan est également entré en marché baissier. Mais c’est Séoul qui paie le prix le plus lourd : porté par Samsung Electronics et SK Hynix, le Kospi avait gagné plus de 60 % en 2026 et culminé le même 22 juin à 9 115 points ; il est repassé vendredi sous les 5 000 points après une chute de près de 8 % qui a déclenché un coupe-circuit. L’indice ne vaut plus que 54 % de son sommet.

Ces fragilités sont celles de tous les secteurs en expansion rapide et ne condamnent pas les perspectives à moyen et long terme. Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a néanmoins mis en garde contre un investissement dans l’IA de plus en plus financé par la dette, alors que les profits attendus restent incertains. Et les centres de données, très gourmands en eau et en électricité, suscitent désormais une opposition qui ne se confine plus aux organisations écologistes.

Reste la question de fond, qui est celle de la place du travail. Les gains de productivité vertigineux que permet l’IA laissent augurer d’une élévation spectaculaire du niveau de vie, mais aussi de fortes réductions d’effectifs chez les consultants, les juristes et les ingénieurs, et jusque dans les métiers manuels une fois l’IA associée aux robots. Quelle utilité sociale trouverons-nous à nos vies si nous ne travaillons plus que dix heures par semaine pour piloter des logiciels qui reçoivent nos instructions avec de plus en plus de condescendance ?

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