Le gouvernement vient de répondre à la mobilisation lycéenne par de l’argent : quatre milliards d’euros de prêts bonifiés pour le bâti des collèges et lycées, un milliard pour les campus universitaires, l’annulation de 836 suppressions de postes et 500 créations. Les résultats de l’enquête PISA 2025, publiés en septembre, invitent à se demander si c’est bien la dépense qui manque.
Les résultats de l’enquête PISA offrent un point de départ pour interroger les performances du système éducatif français. En 2025, les élèves français de 15 ans obtiennent 483 points en sciences pour une moyenne OCDE de 482, et 458 en mathématiques pour une moyenne de 463 : la France est 27e en sciences et 33e en mathématiques. Le niveau a reculé par rapport à 2022. Et cette moyenne masque des difficultés plus profondes : les écarts de réussite liés à l’origine sociale sont particulièrement marqués en France, et les performances se sont dégradées dans plusieurs disciplines au cours de la dernière décennie.
Le recul se mesure. Entre 2022 et 2025, la France perd 4 points en sciences, de 487 à 483, et 16 points en mathématiques, de 474 à 458. Dans le même temps, la dépense intérieure d’éducation a atteint 197,1 milliards d’euros en 2024, soit près de 7 % du PIB.
Au-delà du simple classement international, il faut comprendre ce qui distingue le système français des systèmes les plus performants. Immigration, inégalités sociales, dépenses publiques, organisation scolaire, formation des enseignants, méthodes pédagogiques. :
Comparaisons internationales
Regardons d’abord la dépense par élève calculée à parité de pouvoir d’achats en dollars courants . Pour un score de 483 en sciences, la France a dépensé 126 988 dollars par élève sur l’ensemble de la scolarité. Le Japon obtient 538 points pour 114 107 dollars. Plus frappant encore, la Turquie atteint 494 points, onze de plus que la France pour 38 013 dollars seulement, soit trois fois moins. L’efficience de la dépense française, dans sa forme actuelle, est donc en cause.
Le graphique de l’enquête PISA montre une corrélation réelle (r² = 0,67) entre dépenses cumulées par élève et score en sciences, mais elle s’épuise : passé un certain niveau de dépense, chaque euro supplémentaire rapporte de moins en moins de points, puis les résultats se découplent des budgets. La France, le Japon, Taïwan et Israël engagent des montants comparables pour des scores très différents : Israël plafonne à 442, Taïwan atteint 540. Le Luxembourg dépense plus du double de la France pour 474 points, neuf de moins. Le problème n’est donc pas le montant de la dépense, mais son emploi.
Ce que dit la régression
Reste à savoir si la hausse des dépenses s’accompagne d’une amélioration des résultats. Nous avons estimé une régression linéaire sur les 35 pays de l’OCDE disposant de données complètes, expliquant l’évolution du score en sciences entre 2012 et 2022 par l’évolution des dépenses par élève entre 2012 et 2021.
Le coefficient associé aux dépenses s’élève à moins 0,013 : les pays qui ont le plus augmenté leurs dépenses n’ont pas enregistré d’évolution plus favorable. La constante, de moins 1,816, signifie qu’à dépenses inchangées le modèle prédit une baisse d’environ 1,8 point. Mais le coefficient de détermination n’est que de 0,060 : la variation des dépenses explique 6 % des écarts entre pays. Le pouvoir explicatif du modèle est donc faible, et seule la constante est statistiquement significative.
Ces résultats ne prouvent pas qu’une hausse des dépenses serait inefficace. Ils montrent que l’évolution des budgets, prise isolément, ne rend pas compte des trajectoires scolaires des pays de l’OCDE. L’allocation des ressources, les caractéristiques sociales des élèves, la formation des enseignants et l’organisation des systèmes éducatifs y contribuent également.
L’Allemagne et la Turquie, deux trajectoires opposées
Le cas allemand est proche du nôtre. Nos voisins ont fortement investi dans l’enseignement secondaire depuis 2015 sans voir leurs scores progresser : l’Allemagne obtient 486 points en sciences en 2025, trois de plus que la France, après avoir reculé comme elle. Une envolée des dépenses, sans effet sur les résultats, ce que nous avons déjà constaté pour la France.
Le cas turc montre qu’on peut améliorer les résultats tout en élargissant l’accès à l’école. Les élèves turcs de 15 ans obtiennent en moyenne 45 points de plus que ceux de 2003, alors que la couverture de l’enquête passait de 36 % des jeunes de cet âge en 2003 à 73 % en 2018. Plusieurs réformes y ont contribué, notamment l’allongement de la scolarité obligatoire à douze ans en 2012, dite réforme « 4+4+4 », et des programmes favorisant la scolarisation des filles et des enfants des zones rurales. En sciences, la Turquie est passée de 463 points en 2012 à 476 en 2022, puis 494 en 2025. La progression paraît durable, sans qu’on puisse l’attribuer à une réforme précise : l’élargissement de la population scolarisée a aussi modifié la composition des élèves évalués.
Deux enseignements se dessinent. Le premier est que la France n’est pas dans la situation d’un pays sous-doté : elle dépense autant que le Japon, qui la devance de 55 points, et trois fois plus que la Turquie, qui la devance de onze. Le second est que les comparaisons de niveau ne suffisent pas à désigner un coupable, car les systèmes diffèrent aussi par la composition de leur population scolaire, leur organisation et leurs méthodes.
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