Après les grandes entreprises, les manuels scolaires et les programmes télévisés, c’est désormais au tour des jeux vidéo de devenir un terrain d’intervention privilégié des politiques publiques. Dans un rapport publié le 8 juillet, la délégation aux droits des femmes du Sénat a fait 18 recommandations pour « féminiser la filière vidéoludique à tous les niveaux, aller au bout de la révolution narrative des représentations, et faire des communautés du jeu vidéo des espaces plus sûrs et plus inclusifs ».
Comment les sénateurs justifient-ils autant de temps passé sur un sujet d’une telle urgence nationale ? Par une prétendue injustice systémique et domination masculine que le législateur devrait impérativement corriger : les femmes représentent en effet près de la moitié des joueurs, voire une majorité chez les 16-30 ans (55 %), mais seulement 20 % des salariés du secteur, 7,7 % des métiers techniques et 14 % des postes de direction.
Ils proposent ainsi de rendre davantage visibles les différents métiers du jeu vidéo au cours de l’enseignement secondaire, de conditionner les aides publiques au respect d’engagements de mixité, de créer un label « égalité » pour les écoles spécialisées dans le jeu vidéo, ou encore de créer, sous l’égide du CNC, « un cadre de coopération pérenne » afin de produire des « outils communs d’analyse des représentations ». Clou du spectacle : la dixième recommandation plaide pour un pictogramme PEGI signalant « la présence de représentations, de stéréotypes ou de contenus à caractère sexiste ». On imagine déjà l’armée de fonctionnaires débattant du seuil réglementaire du décolleté de Lara Croft.
Curieusement, nos sénateurs n’ont pas jugé bon de s’intéresser au taux de féminisation dans l’enseignement (plus de 70 %), la magistrature (72 %) ou le social (86 %) : pour quelle raison mystérieuse la majorité masculine serait-elle un problème dans certains secteurs, mais pas l’inverse ? Les hommes désertent également les ressources humaines (à part dans les fonctions de direction) et les métiers du secrétariat (97 % de femmes). Aucun rapport n’a toutefois été publié sur un prétendu « plafond de verre » en la matière. Faut-il en déduire que la parité n’est qu’une opération à sens unique ? Que nos sénateurs ne s’intéressent aux statistiques que de manière sélective ? Les représentantes du féminisme institutionnel poursuivent-elles réellement l’égalité, ou bien la quête perpétuelle d’argent public pour justifier leur maintien à des postes rémunérateurs ?
S’il y a une chose à retenir, c’est bien celle-ci : à l’heure où la dette publique dépasse 3 500 milliards d’euros, où l’État ponctionne près de la moitié des salaires, où les entreprises vacillent sous le poids de l’État, trois sénateurs et leurs équipes ont consacré huit mois, passé une quarantaine d’heures d’auditions, organisé cinq déplacements, pour mener cette « enquête »… soit autant d’argent public dépensé pour rien.
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