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mardi 6 octobre 2026

Primaire de la gauche : le néant intersidéral

Temps de lecture : 3 minutes

Cinq candidats, une soirée entière à s’infliger sur BFMTV. À l’occasion du dernier débat de la primaire socialiste le 4 octobre, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel ont rivalisé de promesses pour la plupart déconnectées de la réalité d’un pays endetté, assommé par la fiscalité et en panne de croissance.

Le débat s’est ouvert sur l’essentiel : d’abord une querelle sur une « danse du ventre » prêtée à Ségolène Royal, puis près de trois quarts d’heure consacrés à Jean-Luc Mélenchon. Qui s’allie avec qui, qui a trahi qui, qui a écrit quoi dans quel livre. Olivier Faure s’est indigné qu’on ait « réussi à faire tourner une primaire socialiste » autour du leader insoumis, après avoir passé des années à construire la Nupes puis le NFP avec lui.

Sur l’immigration, Olivier Faure veut régulariser les travailleurs sans papiers au motif que « l’économie française ne tourne pas toute seule ». Raphaël Glucksmann promet : « Nous le ferons et ce sera populaire. » On admire l’assurance de celui qui annonce la popularité d’une mesure que les Français rejettent avec constance. Jérôme Guedj, lui, défend la « planification » et la « préférence travail », tout en refusant le mot « quotas ». Le décalage avec le reste de l’Europe est vertigineux. Au Danemark, ce sont des sociaux-démocrates qui ont durci la politique migratoire, au nom même de la protection de leur modèle social. En Allemagne, le SPD gouverne dans un pays où le contrôle des frontières est devenu un enjeu central. Au Royaume-Uni, le Labour a dû revoir son discours. La gauche française, elle, cite Pedro Sánchez comme « l’honneur de l’Europe ».

Pour sortir le lycée de la crise qu’il traverse, chacun a apporté sa recette : une loi de programmation (Glucksmann), des États généraux par académie (Faure), des classes moins chargées et des bâtiments rénovés (Guedj), l’abrogation de Parcoursup et de la réforme du lycée (Maurel)… Emmanuel Maurel veut couper tout financement public de l’enseignement privé. Olivier Faure veut imposer la carte scolaire, c’est-à-dire punir les familles qui fuient un système dont tous reconnaissent qu’il est en crise. Ségolène Royal a assuré qu’avec elle, « il n’y aurait pas de mouvement social ». Même Olivier Faure en a ri, dans une séquence gênante de tutoiement. Personne n’a posé la seule question qui vaille : pourquoi un pays qui dépense autant pour l’école obtient-il des résultats aussi médiocres ?

Interpellés par Sophie Binet sur la réforme des retraites, les candidats ont de nouveau montré leur manque de réalisme. Ils veulent abroger la réforme Borne de 2023, actuellement suspendue, et revenir à un âge de départ fixé à 62 ans. Olivier Faure et Jérôme Guedj veulent abaisser l’âge du taux plein de 67 ans à 65 ou 66 ans. Ils rejettent l’idée d’un pilier de capitalisation, alors que la question de l’âge n’est qu’un leurre tant qu’on reste enfermé dans la répartition. Pour M. Guedj, la capitalisation n’est acceptable que si elle est collective via un fonds souverain qui reposerait sur la taxation. Pour M. Maurel, il ne faut surtout pas angoisser nos compatriotes : le déficit des retraites n’est pas important ; les retraites complémentaires sont excédentaires. Pas un mot sur les retraites des fonctionnaires ou sur l’équilibre de notre système par répartition qui compte de moins en moins d’actifs par retraité.

Viennent ensuite les propositions destinées à étendre encore l’emprise de l’État :

  • une « Sécurité sociale intégrale » couvrant la totalité des frais de santé (Guedj) ;
  • des allocations familiales dès le premier enfant ;
  • un statut pour les parents solos ;
  • une voiture électrique « pour tous » à 10 000 ou 15 000 euros ;
  • l’indexation des salaires sur l’inflation (Maurel) ;
  • une taxe sur les « méga-héritages » au-delà de deux millions d’euros pour financer une réduction de la CSG sur les salaires (Glucksmann)…

Ailleurs en Europe, les partis classés à gauche se demandent comment sauver l’État-providence de ses propres excès. En France, la gauche socialiste préfère encore croire que le monde finira bien par se conformer à son logiciel. Pas étonnant que 72 % des Français des Français pensent que le vainqueur de cette primaire ne sera pas au second tour de l’élection présidentielle.

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