Souvenez-vous. En 2015, sous la présidence élyséenne de François Hollande, la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, avait fait voter la réduction de la part du nucléaire dans l’électricité de 75 % à 50 % à l’horizon 2025. Objectif affiché : booster les énergies renouvelables dans le mix électrique français afin de faire advenir, enfin, la « croissance verte ». Objectif plus opérationnel pour le Parti socialiste de François Hollande : tenir les engagements pris vis-à -vis des écologistes à la veille des élections présidentielle et législatives de 2012.
Deux ans plus tard, changement d’équipe, nouvelle appréciation du défi environnemental et climatique. Non pas que le tandem Emmanuel Macron/Nicolas Hulot s’oppose à la politique de ses prédécesseurs ; les 50 % en 2025 étaient même une promesse de campagne. Mais, découvre soudain l’écologiste star de la Macronie, si l’on s’en tient à 2025, il faudra réouvrir des centrales à charbon. Pas bon, ça, pour le climat. D’où nouvel horizon, fixé à 2035. C’est ainsi qu’en 2020, la centrale nucléaire de Fessenheim a été mise à l’arrêt en deux étapes et c’est ainsi qu’Emmanuel Macron a pu confirmer au plus haut niveau de l’État le déroulé du plan sur la réduction du nucléaire :
https://x.com/EmmanuelMacron/status/1067364936014286853
Et puis en 2023, toujours sous la présidence de M. Macron, changement complet d’orientation : la limitation à 50 % est purement et simplement annulée. Le Covid puis la guerre russe en Ukraine sont passés par là , rendant plus nécessaire que jamais de se soustraire à la dépendance au gaz et au pétrole venus d’ailleurs. Parallèlement, il semblerait que les qualités idéalement décarbonées et pilotables du nucléaire ainsi que la faible occurrence de catastrophes majeures aient fini par percoler dans certains esprits jusque-là envoûtés par les discours alarmistes de nos écologistes radicaux. (Parce que oui, redisons-le, Fukushima était un tsunami, pas une catastrophe nucléaire.)
Faisons le compte. De 2015 à 2023, huit années se sont écoulées, au cours desquelles l’État qui se vante d’être le seul détenteur d’une vision de long terme est complètement revenu sur sa stratégie énergétique, causant au passage des dommages importants à la filière nucléaire française. Lorsque les médias martèlent en long, en large et en travers que le nucléaire est dangereux, lorsque l’État vous dit que vous allez devoir fermer vos centrales à relativement brève échéance, eh bien vous vous organisez pour fermer, pas pour maintenir le parc, produire et innover. Et quand vous êtes un jeune étudiant à penchant scientifique, vous ne vous engagez pas dans une formation sur le nucléaire ; d’ailleurs, il y en a de moins en moins. Ou plutôt, il y en avait de moins en moins, mais cela aussi est en train de changer. Heureusement. Mais que de temps perdu…
C’était mon premier exemple. Voici le second, emprunté aux décisions prises par les États au niveau européen. On le sait, l’Union européenne veut absolument éclairer le monde de sa haute vertu écologique et climatique. Dans le cadre de son Green New Deal visant à atteindre la neutralité carbone en 2050, elle avait prévu d’interdire en Europe la vente des véhicules thermiques ou hybrides en 2035, disposition qui fut votée par le Parlement européen en juin 2022.
Inutile de dire que le secteur automobile européen s’en est trouvé fortement perturbé et que les constructeurs n’ont pas tardé à dénoncer un « choix politique » imposé à marche forcée par les autorités sans que la question ait reçu une attention scientifique, industrielle et sociale suffisante. En clair, ils ont demandé plus de « flexibilité » afin de pouvoir s’adapter aux nouvelles donnes environnementales du marché alors que la concurrence chinoise est rude. (Rude, mais peut-être en passe de s’atténuer tant la guerre des prix mine les résultats des constructeurs chinois, à commencer par ceux de BYD, leader du marché des véhicules électriques). Bref, en décembre dernier, les industriels ont été entendus et la date butoir de 2035 a finalement été retirée des exigences essentiellement idéologiques de l’Union européenne.
C’est une bonne nouvelle pour l’innovation, l’emploi et la croissance en Europe, mais l’on observe là encore que, par absence complète de sensibilité au marché et par méconnaissance totale des contraintes industrielles, les autorités sont capables d’imposer des diktats immensément dommageables pour qui va en subir les conséquences (in fine les citoyens soumis à ces autorités), quitte à les renier plus tard en laissant invariablement derrière elles des champs de ruines à reconstruire.
Les planistes et autres partisans de l’État stratège ont coutume de justifier a contrario leurs idées via la thèse de la « myopie du marché ». Que dit la thèse en question ? Qu’une transaction entre un acheteur et un vendeur, réalisée à un moment donné, à un prix donné, pour un produit donné, s’efface des mémoires dès sa conclusion et s’avère en conséquence incapable de fournir des informations utiles pour le futur. Dans cette optique, le marché est un pur outil de court terme, sans vision, ni expérience, ni apprentissage.
Les autorités politiques, en revanche, secondées par des armées de hauts fonctionnaires naturellement doués d’une omniscience et d’un talent hors du commun pour savoir mieux que quiconque de quoi l’avenir sera fait, sont en mesure d’allouer à coup sûr et pour le bonheur des peuples les ressources nécessaires à la vie économique du futur.
Une thèse qui aurait dû s’effondrer avec la chute de l’URSS, mais qu’on voit resurgir régulièrement, jusque dans la France d’aujourd’hui, fière détentrice d’un Haut-Commissaire au plan en la personne de Clément Beaune. Comme disait l’ancien Commissaire au Plan du général de Gaulle Pierre Massé, « supprimer le Plan au nom d’un libéralisme impulsif serait priver le pouvoir d’une de ses armes contre la dictature de l’instant. » Il ajoutait même, dans un ouvrage audacieusement intitulé Le plan ou l’anti-hasard, « le regard sur l’avenir est le premier temps de l’action ». À ce mini-détail près que le regard sur l’avenir doit être réservé à ceux qui savent, autrement dit à la puissance étatique.
Il n’est certes pas anormal de réfléchir à l’avenir. Mais ce débat gagnerait à être mené avec souplesse par une multitude de cercles de réflexion dans une multitude de directions possibles plutôt que par une seule institution qui raisonne selon un point de vue unique et qui risque ainsi de définir autoritairement un futur formel qui se révélera complètement obsolète le moment venu.
De plus, l’argent de la planification consciente est pris d’autorité aux contribuables via l’impôt et la dette. Il est dédié à des projets décidés a priori, sans qu’il soit possible à quiconque de faire d’autres expériences, d’autres tentatives, comme le démontrent abondamment mes deux exemples. Les échecs, pour nombreux et abondamment relayés par la Cour des comptes qu’ils soient, ne donnent jamais lieu à la moindre réprimande ni à la moindre indemnisation des contribuables. Les dépenses publiques comme les impôts et la dette poursuivent leur hausse apparemment imperturbable quoi qu’il arrive.
Alors oui, le marché a bel et bien ses myopies temporaires, ses engouements, ses divas capricieuses, ses cycles et ses moutons noirs. Mais d’une part, il se corrige de lui-même très vite, précisément parce qu’il recherche le succès et le profit, pas la faillite et l’échec. D’autre part, il est prudent, au sens où il se méfie de la pertinence d’engagements pris à très long terme. Et surtout, il est libre et multiple, ce qui reste encore la meilleure façon de mobiliser les informations disponibles et d’explorer les innombrables voies du futur sans idées préconçues.
Illustration de couverture : homme aveugle avec son chien.
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3 réponses
Parmi tous les mauvais choix, l’interdiction d’exploiter et de rechercher des gisements d’hydrocarbures en France, y compris en Guyane, est l’un des plus stupides. Et des plus hypocrites quand on supplie tous les autres pays de nous vendre ces produits.
Puisqu’on est pratiquement en guerre de l’énergie, toutes ces décisions catastrophiques peuvent-elles être qulifiées de haute trahison ?
et encore … si on savait tout !!!
« on » = la troupe des pékins moyens qui n’osent pas dire « ceux qui gouvernent le pays depuis des décennies »
Ségo, Duflot et bien d’autres femmes écolos n’ont fait que d’être des fossoyeuses de la France. Généralement leur niveau d’inculture et leur incompétence ont fait que des guignols les ont choisies pour prendre les décisions les plus stupides depuis le départ du Général der Gaulle.