Depuis le 18 septembre, les lycées connaissent une vague de blocus. Les élèves dénoncent un manque de moyens, de crédits et de professeurs. La France dépense-t-elle vraiment si peu pour ses établissements scolaires ?
Les comptes de l’éducation disent l’inverse. La dépense intérieure d’éducation est passée de 90 milliards d’euros constants en 1980 à 199,2 milliards en 2025, un record. Rapportée à chaque élève du second degré, elle a progressé de 70 % sur la période, de 6 910 à environ 11 650 euros. En 1990 déjà, après un mouvement comparable, les lycéens parisiens avaient obtenu 4,5 milliards de francs supplémentaires ; lors du Covid, près de 10 milliards d’euros ont été injectés dans le système.
Les manifestants ont pourtant un argument, et il faut le reconnaître : à leur niveau, l’effort s’est interrompu. La dépense par élève du second degré a culminé à 11 910 euros vers 2010 et stagne depuis. Mais ce n’est pas que l’argent a manqué : c’est qu’il est allé ailleurs. La dépense par écolier du premier degré, elle, est passée de 3 810 euros en 1980 à 9 080 euros en 2024, avec une accélération marquée depuis 2016. L’État a déplacé ses moyens vers le primaire, là où la France était historiquement la plus avare, et cessé d’en ajouter au lycée, là où elle dépensait déjà beaucoup. Ce n’est pas une pénurie, c’est un arbitrage.
Dépense moyenne par élève ou étudiant, en euros constants. Source : MEN-MESRE-DEPP, Compte de l’éducation.
La comparaison internationale lève le doute, à condition de la mener niveau par niveau. Selon l’OCDE, la France consacre environ 10 900 euros par an à un élève du secondaire contre 9 000 en moyenne, un cinquième de plus, et environ 6 900 euros à un écolier contre 7 600, soit un dixième de moins. Sur l’ensemble d’une scolarité, le ministère chiffre l’écart à 30 % de moins au primaire et 19 % de plus au secondaire. La France dépense ainsi pour son secondaire un tiers de plus que le Japon, et davantage que l’Allemagne, l’Italie ou le Royaume-Uni.
En euros 2025 : 9 440 par écolier, 10 580 par collégien, 13 200 par lycéen général et technologique, 14 590 par lycéen professionnel. Un lycéen coûte à la collectivité la moitié de plus qu’un écolier. Réclamer des moyens pour le lycée, c’est demander davantage pour le niveau le mieux doté.
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