L’agriculture française continue sa descente aux enfers. Sur les huit premiers mois de l’année 2025, le solde de la balance commerciale agroalimentaire a chuté de près de 93 % par rapport à la même période l’année dernière. Il est tombé de 4,5 milliards d’euros fin août 2024 à 350 millions d’euros fin août 2025. Déficitaire à hauteur de 158 millions d’euros en septembre, la balance commerciale agricole pourrait être déficitaire pour la première fois en quarante ans. Depuis le début de ce siècle, la France décroche dans le rang des pays exportateurs de denrées agricoles : de la 2e place, elle est passée à la 6e au niveau mondial, et de la 1ere à la 3e place européenne.
Cet effondrement touche toutes les productions. La viticulture française, dont la place était très importante dans les exportations, tant en valeur qu’en volume, connait une crise multiple qui touche à la fois les vins de Bordeaux, du sud de la France ou bien encore le cognac. La viticulture subit à la fois les droits de douanes américains, les taxes chinoises pour le cognac, ainsi qu’une baisse de la consommation en France et dans le monde.
La France tombe dans les pommes
La crise touche aussi le secteur de l’élevage, de viande bovine notamment. Entre 2016 et 2022, la France a perdu 10 % de ses vaches laitières et 14 % de ses vaches allaitantes. La balance commerciale pour la viande bovine était négative de plus de 770 millions d’euros en 2024. La France, qui était il y a plusieurs années le premier producteur européen de lait ne l’est plus, et a perdu 5 % des volumes entre 2017 et 2023. La France tombe dans les pommes : en 2000, elle était le premier exportateur de pommes dans le monde, elle est aujourd’hui neuvième. Les exportations de céréales sont aussi en berne. Depuis 2022 et l’année record d’exportations de céréales avec 11,3 milliards d’euros d’exportation, la baisse a été fulgurante en 2023 avec 7,7 milliards €, puis en 2024 avec 6,7 milliards €. Entre juillet 2024 et juillet 2025, le montant des exportations de céréales a connu une nouvelle baisse de 17%.
Plusieurs facteurs conjoncturels expliquent cette baisse des exportations. Selon Thierry Pouch, économiste pour les chambres d’agriculture, la parité euro-dollar, en hausse depuis le début de l’année, est très préjudiciable pour les exportations européennes et françaises. Pour le blé, les cours se sont effondrés cette année, résultant des très bonnes récoltes russe, australienne, argentine, espagnole, roumaine et bulgare.
Mais d’autres maux plus profonds pénalisent la compétitivité de l’agriculture française. Entre le poids de plus en plus lourd des réglementations, l’interdiction de produits phytosanitaires sans alternatives, la fiscalité et les cotisations sociales écrasantes, le rejet des retenues d’eau et des OGM, l’Etat français tue l’agriculture. Comme le dit Emmanuelle Ducros, journaliste à l’Opinion, la France « s’est tirée tant de balles dans le pied qu’elle ne peut plus courir. »
16 réponses
La france n a aucune vision stratégique en agriculture comme dans tous les domaines
Nous aurions pu concentrer nos efforts vers nos points forts à l exportation à fortes valeurs ajoutées au lieu d aider des secteurs non compétitifs
Comme d habitude nous arrosons très large le sable!!!
n ayant pas choisi une production laitière avec de très grands troupeaux comme les allemands danois hollandais…..ce secteur s effondre faute de rentabilité!!!!!
Non, le seuil minimum pour un troupeau est 70 vaches, correspondant à une stalle de robot de traite. Mais au delà , ce n’est plus le nombre de vaches qui fait la rentabilité, c’est la cohérence du système de production. Les économies d’échelle sur la mécanisation peuvent être obtenues par l’investissement collectif: CUMA et ETA. La chute des exportations de céréales en 2024 et 2025 est due à la mauvaise récolte en 2024 dont la météo est 100% responsable.
Et qu’en est il des importations ?
L’IA nous dit que 30% de notre production agricole est exportée et 20% de notre consommation est importée. Mais ce qui est inquiétant c’est la tendance négative qui est « en marche » et qui devrait inciter à prendre des mesures intelligentes… (Aï, ce n’est pas gagné)
Désormais nous importons plus que nous n’exportons! Et oui, nous étions 2e exportateur derrière les USA, ils ont réussi à détruire l’agriculture française!
Une victoire de plus pour macron : bravo l’artiste
Et voila, après l’industrie c’est le secteur agricole qu’ils ont réussi à détruire! Bravo à la gauche et aux écolos, ils sont vraiment très doués, les plus intelligents et compétents.
L’article dénonce « l’interdiction de produits phytosanitaires sans alternatives »…
L’interdiction de certaines substances actives (les plus dangereuses pour l’homme et la nature) au niveau de l’Europe suscite des recherches tant publiques que privées dont les résultats pratiques se diffusent déjà (par exemple robot désherbeurs mécaniques ou thermiques).
Les contraintes sont un aiguillon pour l’innovation. C’est cela qu’il faut défendre, certes avec discernement, et non pas le maintien de pratiques agricoles nocives.
Il est étonnant que l’IREF, qui défend l’innovation comme solution à de nombreux problèmes, reste à ce point aussi arcbouté sur des positions très conservatrices dès qu’il s’agit d’environnement.
Martin, vous avez raison. Je suis d’accord avec vous.
Certes la bureaucratie euro-soviétique qui martyrise et stérilise notre pays a des effets dévastateurs. Mais en agriculture comme en tout, c’est aussi le développement de la concurrence mondiale et le déclin de notre magistère culturel qui restreint nos débouchés. Il est loin le temps où le « l’excellence et le goût français » soutenaient nos exportations agricoles et autres. Désormais, nos céréaliers font face à la concurrence des terroirs immenses de Russie, d’Amérique, d’Argentine ou d’Australie, en attendant demain certaines contrées de moyenne altitude d’Afrique australe (la Beauce et la Brie ne sont pas à cette échelle de rentabilité !). Quant aux productions plus spécialisées (vins, charcuteries, fromages, etc.) elles font face au déclin de la clientèle. Les masses émergeantes, jeunes, n’ont jamais entendu parler de la France et se fichent éperdument de ses produits alimentaires. Les populations occidentales elles-mêmes se sont détachées de la culture du goût et des terroirs, au profit de saveurs mondialisées. Hormis quelques secteurs de niche, l’avenir des productions françaises est bouché. Il existe un lien entre le rayonnement civilisationnel d’un pays et sa capacité à « prescrire » des consommations. Autant vous dire que cet aspect a été complètement négligé par nos chères zélites et par une certaine agro-industrie « bête et méchante » trop heureuse de se complaire dans la déconstruction culturelle. Dans le monde multipolaire, l’identité redevient un vecteur de développement des marchés. Les élites françaises vont devoir renoncer à Johnny-la-culture et aux kébabs-diversitaires qui n’intéressent pas la clientèle mondiale, pour se remettre à promouvoir Debussy, Rameau, Renoir et Brillat-Savarin… Il ne faut pas « raser le château de Versailles » mais au contraire se presser de le mettre en valeur afin de valoriser le goût français dans le monde. Les touristes sont affligés de voir nos demeures nobles, nos bourgs charmants et nos églises partir en lambeaux ; nos paysages attractifs massacrés par des éoliennes ; nos bibliothèques peuplées de BD et de rap en lieu et place de notre excellence classique. Il ne s’agit pas de faire de la France un musée, mais de renouer avec une identité française vivante singulière et excellente à l’âge contemporain. Sans quoi nous serons balayés tant sur la quantité que sur la qualité.
« Pour le blé, les cours se sont effondrés cette année, résultant des très bonnes récoltes russe, australienne, argentine, espagnole, roumaine et bulgare. »
De très bonne récolte de céréales malgré le réchauffement climatique, les catastrophes naturelles, inondations, sécheresses, incendies, ravage ses sols sur-labourés, sur exploités, empoisonnés partout dans le monde…… A croire que l’agriculture moderne généralisée et la hausse du taux de CO2 qui stimule la photosynthèse y soient pour quelque chose !
« Pour le blé, les cours se sont effondrés cette année, résultant des très bonnes récoltes russe, australienne, argentine, espagnole, roumaine et bulgare. »
De très bonnes récoltes de céréales malgré le réchauffement climatique, les catastrophes naturelles, inondations, sécheresses, incendies, ravage des sols sur-labourés, sur-exploités, empoisonnés partout dans le monde…… A croire que l’agriculture moderne généralisée et la hausse du taux de CO2 qui stimule la photosynthèse y soient pour quelque chose !
Pas de réponses simplistes à un sujet complexe!
– les consommateurs veulent des jolies petites fermes (non rentables sauf niche locale) et des prix bas
– souveraineté incomprise et pas intégrée dans la stratégie européenne
– la production c’est d’abord l’énergie …(fuel, engrais ) donc en marché mondial si tu payes tout plus cher en France …. Tu es mal
– depuis Chirac , on entretient la petite ferme , on subventionne ce qu’on a assommé , mais on freine la concentration
– variabilité de la production annuelle
– cours des monnaie (bizarre l’euro a vraiment monté en 2025 …et pourtant déjà une baisse en 2024 )
Ça mériterait une étude un peu plus étayée 😇
J’ai deux questions. L’UE subventionne- elle toujours les exportations agricoles y compris pour en direction des pays pauvres?
Et subventionne-elle toujours les exportations de vin dans les pays européens hors UE?
Le Suisse est un pays viticole ( 15’000 hectares de vignobles ) qui produit d’excellents crus. J’ai entendu que les subventions européennes à l’exportation des vins provoquent une concurrence déloyales envers les producteurs de vins suisses.
Pour l’agriculture française, le problème est bien là bureaucratie française bien plus qu’ européennes. Les Pays-Bas bas ont l’une des agriculteurs les plus performante de l’UE n’en déplaise à Philippe de Villiers ou Floriant Philipot pour qui tout les problèmes français viennent systématiquement de Bruxelles.
J’ai connu ce temps où les États Unis nous livraient de la farine de maïs, nous avions faim.
Nous sommes encore nombreux à avoir connu cette croissance fantastique des 30 glorieuses.
En fin de séquence, des capitaines portaient haut le pavillon de la France. Bongrain, Bonduelle, Besnier, Doux, Roullier, Roquette, Soufflet et bien d’autres.
Ce temps des entrepreneurs n’est plus.
Depuis 30 ans la France brade ses talents pour des chimères.
Le pays évacue ses paysans à l’usure. Les enfants ne veulent plus succéder à leurs parents. Les terres d’ici sont au prix de celle de la Serbie.
Ceux qui conduisent au rétroviseur des statistiques commencent à le comprendre.
Ils n’ont pas compris que le CBOT est la ligne de front de la guerre alimentaire, nos coûts nous mettent hors de portée,
20 ans de recul ça use.
C’est quoi devant nous :
Signature du Mercosur le 18/19, une nouvelle porte ouverte aux colones adverses.
C’est l’entrée probable de l’Ukraine en deux parts, l’une avec les règles CE (plus ou moins), l’autre tournée vers le marché mondial avec toutes possibilités d’OGM, de chimie.
C’est assurément bientôt nos silos trop plein plutôt que trop vides. La crainte va changer de bord, les Chinois se nourrirons à pas cher.
L’autre perspective c’est la main-mise sur la méthanisation par nos Champions énergéticiens.
C’était le premier mercredi du mois, autour d’une galette saucisse, qu’avec Michel & Michel, avec Charles et Bruno, Philippe et Jean-Louis…
que nous parlions de tout cela.
Ces Capitaines vivaient à la campagne, portaient métier et patrimoine, pensaient générations, aimaient la France
Fiscalité, mandats, diplômes, éléments de langage et trahisons ne nourrissent pas nos rêves.
Ils imaginent des Régisseurs des terres,
ces gens parlent de moyens quand nous pensions succès.
Désolé, mais c’est un mauvais billet. Pour le blé, son prix a diminué de plus de la moitié depuis son haut au printemps 2022. (Invasion russe de l’Ukraine.) Pas vraiment étonnant que les revenus d’exportation aient eux aussi été coupés en 2. La météo et l’action des nuisibles font en sorte qu’à même quantité de blé planté, il y aura plus ou moins de récoltes et donc plus ou moins de blé disponible à l’exportation. L’évolution du prix du lait, de la viande voire des pommes déterminent au final ce que les agriculteurs vont produire, de même que l’apparition de concurrents que ce soit en Europe ou ailleurs. On doit y ajouter l’évolution de la consommation intérieure. En effet, à même récolte, si vous achetez une plus grande partie de la production française, il en reste moins à exporter. Il reste bien sûr l’utilisation (ou non) des pesticides, mais son effet doit être séparé de celui des autres variables. Je ne vois aucune analyse de ces facteurs dans cet article.
L’IREF et Contrepoints se sont donnés comme mission d’éduquer les citoyens entre autres en économie d’un point de vue libéral. Vous dénoncez régulièrement les raccourcis et coins ronds faits par les étatistes de tous poils dans leurs raisonnements. Pourtant, dans le texte ci-haut, vous faites malheureusement preuve du même manque de rigueur. Décevant.
Bonjour, l’article a été écrit pas un…viticulteur..Il sait de quoi il parle