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mardi 29 septembre 2026

Il reste trois ans à la France avant d’atteindre le niveau de dette qui a mis la Grèce sous tutelle

Temps de lecture : 3 minutes

Les chiffres publiés par l’Insee le 29 septembre 2026 sont sans appel : à la fin du deuxième trimestre, la dette publique française atteint 3 595,5 milliards d’euros, soit 119 % du PIB. Depuis la mi-2017, elle a augmenté de 1 363,8 milliards d’euros. Cela représente plus de 400 millions d’euros par jour et près de 4 800 euros supplémentaires chaque seconde, selon l’IREF.

Mais jusqu’où cette trajectoire peut-elle conduire la France ? Un précédent européen permet de mesurer le chemin restant : celui de la Grèce, contrainte de solliciter une assistance financière internationale le 2 mai 2010. C’est ici qu’il faut être précis, car la confusion est fréquente. Au moment où Athènes a demandé l’aide de la troïka, sa dette publique s’élevait à 128,5 % du PIB  le dernier exercice clos, celui de 2009.

Pour établir une comparaison, nous avons réalisé une projection à partir de la situation française actuelle. Depuis dix ans, la dette progresse à 5,35 % par an. En retenant une croissance réelle du PIB de 1,2 % – la moyenne effectivement constatée depuis 2017 – et une inflation stabilisée à la cible de 2 % de la Banque centrale européenne, la croissance nominale s’établirait à 3,22 % par an.

À ce rythme, le ratio d’endettement français atteindrait 128,5 % du PIB dans moins de quatre ans, soit en 2030 : c’est le niveau auquel la Grèce a perdu l’accès aux marchés.

Ces échéances sont très sensibles à l’inflation, et c’est ce qu’il faut retenir de l’exercice. Avec une inflation de 2,5 % au lieu de 2 %, le seuil grec est repoussé à 2030 et les 146 % à 2039. Mais avec l’inflation effectivement constatée en 2025, soit 0,9 %, le niveau de 128,5 % serait atteint dès 2028 et les 146 % en 2032. Autrement dit, une inflation faible – que tout le monde souhaite par ailleurs -rapproche mécaniquement la France du précédent grec.

Ces dates reposent sur l’hypothèse très simplificatrice que la dette, la croissance et l’inflation conserveront les mêmes rythmes. Elles ne signifient pas davantage que la France serait automatiquement placée sous tutelle à ces niveaux d’endettement. La crise grecque ne s’est pas déclenchée au franchissement d’un seuil. Elle a été provoquée par la révélation, en octobre 2009, que les comptes publics transmis à Bruxelles étaient faux ( le déficit annoncé à 3,7 % du PIB se révélant supérieur à 15 %). S’y sont ajoutés une perte de confiance des marchés et des difficultés croissantes de refinancement. La France affiche pour sa part un déficit de 5,1 % du PIB et des statistiques sincères. Concernant l’évolution des taux d’intérêt, Yves Bourdillon en parle dans sa chronique d’aujourd’hui.

Il faut y ajouter un élément décisif : les marchés et la Banque centrale européenne savent qu’une défaillance française menacerait l’ensemble de la zone euro. La France constitue ce que les économistes appellent un risque systémique ce qui la protège, mais ne la dispense pas d’une baisse massive des dépenses publiques.

Selon le rapport du Sénat sur les engagements financiers de l’État, la charge de la dette de l’État passerait de 53,5 milliards d’euros en 2025 à 58 milliards en 2026, puis dépasserait 70 milliards en 2027 et 90 milliards en 2029 — soit un quasi-doublement en quatre ans, avec un franchissement possible des 100 milliards autour de 2030.

C’est bien là que se joue la trajectoire. Une dette de moins en moins soutenable, un nouveau coup de chaud sur les marchés, et une charge d’intérêts qui deviendra le premier poste du budget de l’État avant la fin de la décennie : la question n’est plus de savoir si la France ressemble à la Grèce, mais jusqu’à quand elle pourra s’enfoncer sans rien décider.

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