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dimanche 8 février 2026

Les rentiers profitent-ils du travail des autres ?

Temps de lecture : 2 minutes

Antoine Foucher s’est fait un nom depuis qu’il a publié « Sortir du travail qui ne paie plus » en 2024. Celui qui fut directeur du cabinet de la ministre du Travail Muriel Pénicaud entre 2017 à 2020 a donné, il y a quelques jours, une chronique aux Échos dans laquelle il affirme qu’en « vingt ans, la part des revenus du travail dans la totalité des revenus des ménages est passée de 57 à 52 %, de sorte que la moitié de ce que les Français touchent aujourd’hui ne vient pas de leur fiche de paie », mais des revenus du patrimoine et des prestations sociales. Ainsi, la France est désormais « un pays dans lequel près d’un euro sur deux est issu de la rente (c’est-à-dire tiré du travail des autres) » et cela pose problème. Il convient donc de « diminuer drastiquement la taxation des travailleurs et diminuer parallèlement la rentabilité de la rente immobilière, financière et des retraites ».

Que penser de cette argumentation ? S’il est vrai que les revenus du travail baissent (c’est à vérifier), il est probable que cela soit dû aux prélèvements en tout genre et à la règlementation. Oui, les charges qui pèsent sur les salaires sont trop élevées et elles doivent baisser, mais cela ne doit pas engendrer une augmentation des prélèvements sur les « rentiers ».

Car les « rentiers » ne sont nullement, comme l’écrit Foucher, des personnes qui profitent du travail des autres, à l’exception peut-être des retraités dont la pension provient aujourd’hui des cotisations des actifs. Mais ces retraités ont cotisé toute leur vie pour les autres, leurs prédécesseurs. On leur rend ce qu’ils ont versé. Au demeurant c’est pour changer cela que l’IREF propose de passer de la répartition à la capitalisation, afin qu’ils tirent leurs revenus du rendement des capitaux placés. Ils seraient ainsi rentiers sans profiter du travail des actifs.

Les autres rentiers cités par Foucher ne sont pas des profiteurs. S’ils tirent des revenus d’un capital mobilier ou immobilier, c’est la plupart du temps parce qu’ils ont économisé une partie des revenus de leur travail pour investir. Et s’ils ont hérité, peut-être profitent-ils du travail de leurs parents mais c’est parce que ces derniers ont, eux, épargné, c’est-à-dire choisi de ne pas dépenser tous leurs revenus pour transmettre un capital à leurs enfants. Il n’y a donc aucune raison pour que le capital, provenant de revenus qui ont été taxés (lourdement, dit Foucher), soit de nouveau fortement imposé (comme c’est d’ailleurs déjà le cas).

Antoine Foucher ne fait que recycler la taxe Zucman. Au lieu de s’en prendre à 1 800 milliardaires, il veut dépouiller les dizaines de millions de Français qui ont eu la sagesse d’économiser. Décidément Marx n’est pas mort !

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5 réponses

  1. Les propriétaires bailleurs ne sont pas des rentiers passifs
    Ils ont un rôle social : permettre le logement pour la plupart dans de bonnes conditions, en entretenant les logements, en rapprochant les divers intervenants (syndics, entrepreneurs, locataires, hommes de loi, fisc)
    On voit que l’ excès de réglementation, mauvaise parfois comme les DPE, encadrement des loyers désorganisent le marché et cree la penurie
    Il serait difficile de les pressurer plus tant ils le sont déjà au maximum :
    IFI, Taxe foncière, frais de successin monstrueux, revenus locatifs en plus des travaux à payer
    On en arrive à un point que tout cela coûte plus cher que cela rapporte
    Il sont souvent tentés de tout vendre à n’importe qui car ils ne récoltent que soucis, les locataires entre autres etant tres protégés, manque de considération, pourtant ce sont de bonnes vaches à lait
    M.Foucher, encore un taxeur réglementariste, on se doute de quel bord il est

  2. « Au lieu de s’en prendre à 1 800 milliardaires »
    Ouh là, alors non seulement il n’y a qu’une cinquantaine de milliardaires français,
    dont 4 ou 5 habitent ….. en France.

  3. Il y a longtemps que nous sommes entrés dans une soviétisation rampante.
    La gauche préfère faire s’écrouler tout le système plutôt que de reconnaître son erreur qui consiste à refuser ne serait-ce qu’un minimum de retraite par répartition. Ou bien les Français sont-ils à ce point conscients des placements désastreux que l’état ferait de leur argent qu’ils ne veulent pas en entendre parler ?
    Ce sont l’imprévision et les mauvaises politiques de l’état ainsi que l’attitude désastreuse de certains partis qui sont cause de la situation.

  4. Je vous encourage à lire (ou relire) les très bons articles de cette newsletter, qui ravive brillamment la théorie injustement oubliée d’Henry George, qui séparait à juste titre selon moi, les facteurs non pas en deux (capital et travail), mais en trois, en séparant la Terre, qui est un bien que ni vous ni moi n’avons créé par leur travail ou leur capital.
    https://partigeorgiste.substack.com/archive

    Ceci permet de faire la différence entre le « salaire » (rémunérant le travail), l' »intérêt » (rémunérant le capital) et la « rente », rémunérant la possession de terres non produites, le foncier.

    Quand on est libéral radical, on veut bien sûr le moins de taxation, de règlementation et de subvention de tel capital ou tel travail, pour des raisons de principe (je suis propriétaire des fruits de mon activité) et d’efficience (je ne veux pas décourager l’investissement et l’activité), mais on peut tout à fait considérer qu’on doit taxer complètement la rente foncière des « landlords » qui profitent des externalités positives des progrès générés par l’action des capitaux et des travaux, sans avoir rien créé, et sans d’ailleurs réduire l’offre de Terre qui est fixé par la nature.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9olibertarianisme

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