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mardi 27 octobre 2026

Moody’s accorde à la France un sursis qu’elle n’a pas mérité

Temps de lecture : 2 minutes

À la stupéfaction de la grande majorité des économistes, l’agence Moody’s s’est abstenue vendredi de toute action de notation sur la dette française, maintenant de fait son appréciation à Aa3 avec perspective négative. Son communiqué précise qu’il ne s’agit pas d’«  une action de crédit  » : elle semble attendre que la situation s’éclaircisse à Paris, où un budget difficile est en discussion.

On peut s’en étonner. L’agence avait déjà maintenu la note en abaissant la perspective de «  stable  » à négative, ce qui impliquait une dégradation surtout dans un contexte d’événements défavorables. Car on en cherche en vain de favorables depuis : l’OAT à dix ans est montée jusqu’à 5,14 % le 22 octobre, du jamais-vu depuis 2002, il y a eu les émeutes du 17 octobre, et le budget n’a pas été voté.

Moody’s écrit en effet que sa notation «  part de l’hypothèse qu’un budget de 2027 réduisant le déficit public sera adopté  » et que «  les tensions sociales se modéreront quelque peu dans les prochains mois  ». Cela s’appelle prendre ses désirs pour des réalités, et le démenti n’a pas tardé : le soir même, l’Assemblée nationale rejetait la première partie du PLFSS par 115 voix contre une.

Beaucoup y ont vu une décision politique, par crainte d’un effet domino. Deux éléments tempèrent cette probabilité. Moody’s n’aurait fait que rejoindre Fitch et Standard & Poor’s, qui classent la France en A+ depuis l’automne 2025. Et aucun seuil prudentiel n’obligerait les banques à céder leurs titres français : l’article 114 du règlement européen sur les fonds propres leur accorde une pondération de risque de 0 % sur les dettes souveraines des États membres en monnaie nationale, sans considération de notation. La vraie frontière est celle du BB+, entre catégorie d’investissement et catégorie spéculative, qui déclencherait des ventes forcées par les fonds dont les mandats l’exigent. La France en est à sept crans.

Les économistes ont été sévères. «  La décision de Moody’s est pour le moins difficile à comprendre  », commente Anthony Morlet-Lavidalie, de Rexecode, «  et on finit presque par se demander ce qu’il lui faut pour dégrader la France  » : une notation doit refléter la qualité de crédit d’un emprunteur, non lui accorder indéfiniment le bénéfice du doute, au risque d’une «  dégradation brutale  ». Pour Éric Dor, de l’IÉSEG, même abaissée à A1 la note resterait surestimée au regard de l’Espagne ou du Portugal.

Le fait le plus parlant est que plusieurs pays moins bien notés empruntent à de meilleures conditions que nous. Le marché a cessé de se régler sur les agences, et il a raison : la dette française est de moins en moins soutenable et le budget en discussion ne la redressera pas. Prochaine échéance, la décision de S&P le 27 novembre.

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