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lundi 26 octobre 2026

La France emprunte plus cher que les États-Unis, et la classe politique s’en accommode

Temps de lecture : 2 minutes

Jeudi 22 octobre, le rendement de l’OAT française à dix ans est passé au-dessus de celui du Treasury américain de même maturité. Une première depuis 2013. La même semaine, l’OAT franchissait 5 % pour la première fois depuis 2002 et l’écart avec le Bund allemand touchait 174,6 points de base, un niveau inédit depuis 2011. En cinq séances, l’OAT a pris 26 points de base quand le Bund en perdait 9.

Mesurons ce que cela signifie. Le Treasury est l’actif refuge mondial, l’étalon auquel tout le reste se compare. Quand Paris doit offrir davantage que Washington, les investisseurs demandent à être payés pour détenir de la dette française plutôt que de la dette américaine. Ce n’est plus une prime de risque européenne, c’est une prime de risque tout court.

Le 23 octobre au soir, Moody’s a pourtant maintenu la note de la France à Aa3 avec perspective négative, alors que l’abaissement était largement attendu. Sébastien Lecornu y a vu une décision qui «  déjoue les pronostics déclinistes  » et la preuve qu’«  il existe un chemin  ». On peut lire l’avis autrement, car l’agence écrit noir sur blanc que sa notation «  part de l’hypothèse qu’un budget de 2027 réduisant le déficit sera adopté  » et que «  les coûts de financement et les tensions sociales se modéreront quelque peu dans les prochains mois  ».

Or, le soir même, l’Assemblée nationale rejetait la première partie du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, par 115 voix contre une. L’hypothèse sur laquelle repose la note a donc été démentie dans les heures qui ont suivi sa publication. S&P et Fitch, elles, sont déjà un cran plus bas, à A+, et S&P rend sa revue le 27 novembre.

Soyons justes : la tension s’est détendue ce lundi, l’OAT revenant à 4,95 % et l’écart avec l’Allemagne autour de 160 points de base. Rien n’est donc irréversible. Mais les repères ont bougé, et ils ont bougé en deux semaines, sous l’effet combiné d’une crise sécuritaire et d’une dette de moins en moins soutenable.

Pendant ce temps, à Paris, s’ouvrent six mois de campagne présidentielle durant lesquels rien de structurel ne se fera. L’alibi est connu : la fragmentation de l’Assemblée. La réalité est que personne ne veut porter le coût politique d’une réduction durable du déficit, d’une maîtrise réelle de la dépense ou d’une réforme des retraites qui dépasse l’ajustement de façade,  d’où un budget fallacieux où l’État économise ses réformes et laisse le contribuable payer l’ajustement.

En se privant de programmes crédibles sur les finances publiques, les candidats à la présidentielle choisissent déjà de laisser le marché décider à leur place. Lui n’a pas besoin d’attendre le résultat : il lui suffit de constater que personne ne veut s’en occuper.

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