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dimanche 4 octobre 2026

Nationaliser TotalEnergies coûterait près de 7 000 euros par ménage

Temps de lecture : 2 minutes

Au micro de Sud Radio, Ian Brossat, sénateur PCF de Paris et directeur de campagne de Fabien Roussel, a défendu la nationalisation de TotalEnergies pour ramener l’essence « à un prix qui soit de 1,60 € ou 1,70 € » le litre. À l’appui de sa démonstration : « Total est d’ailleurs un groupe qui a été créé par l’État français dans les années 20 pour assurer sa souveraineté ».

C’est inexact. La Compagnie française des pétroles, ancêtre de TotalEnergies, a été créée le 28 mars 1924 à l’initiative de Raymond Poincaré, mais sous la forme d’une société anonyme de droit privé, chargée de gérer la part française du pétrole mésopotamien obtenue à San Remo. L’État n’est entré au capital qu’en 1931, par la loi du 16 mars, et à hauteur de 25 % : une participation minoritaire, jamais une entreprise publique. Et puisque l’idée circule, il n’y eut pas davantage de monopole : la loi du 30 mars 1928 instaurait un régime d’autorisations d’importation réparties entre plusieurs sociétés. Fonder une nationalisation sur le retour à un état de choses qui n’a pas existé est un début de raisonnement fragile.

Vient le prix, où trois grandeurs se confondent trop souvent : la capitalisation boursière, la valeur d’entreprise qui y ajoute la dette nette, et le coût effectif d’une nationalisation, qui dépend de la part rachetée et du prix consenti.

La capitalisation de TotalEnergies s’élevait à 122,7 milliards d’euros fin 2025 et à environ 174 milliards au printemps 2026. C’est le chiffre que retient Manuel Bompard, lequel estime que l’État pourrait en prendre le contrôle pour 70 milliards sans racheter tout le capital, au motif que le groupe aurait distribué 100 milliards de dividendes en dix ans : l’opération serait « extrêmement rentable ».

L’estimation est trompeuse. Une nationalisation ne se fait jamais au cours de la Bourse : il faut verser une prime de contrôle, couramment de 20 à 30 %. Le rachat intégral reviendrait donc à 209-226 milliards d’euros, soit, rapporté aux quelque 31,3 millions de ménages français, 6 700 à 7 200 euros par ménage. Certaines estimations, retenant la valeur d’entreprise dette comprise, portent la facture à 250 milliards, près de 8 000 euros par ménage.

Restent trois façons de payer et une seule addition. Par l’impôt, la charge pèse directement sur le contribuable. Par l’endettement, le coût augmente des intérêts, et toute dette publique est acquittée in fine par les contribuables : « un effort qui peut être lissé sur plusieurs années », reconnaît Brossat : lissé, mais pas supprimé. Par la combinaison des deux, enfin : emprunter, puis affecter les dividendes au remboursement, à condition qu’ils soient au rendez-vous, ce que la volatilité des cours ne garantit pas.

Et c’est ici que le projet se contredit. On ne peut pas à la fois affecter les dividendes au remboursement de la dette contractée pour acheter l’entreprise et baisser le prix à la pompe : baisser les prix, c’est renoncer aux profits censés financer l’acquisition. Les deux objectifs s’excluent, et l’argument des 100 milliards de dividendes se retourne contre celui qui l’avance.

S’y ajoute que TotalEnergies réalise l’essentiel de ses résultats hors de France et hors du raffinage-distribution. L’État deviendrait propriétaire d’un groupe dont les profits dépendent de cours mondiaux qu’il ne maîtrise pas, tout en assumant les risques géopolitiques et les investissements lourds qui vont avec. Une démagogie dont la facture serait présentée aux contribuables bien avant les automobilistes.

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