La preuve en a depuis longtemps apportée, les 35 heures ont été une catastrophe pour l’économie française. Pourtant, peu de candidats déclarés à l’élection présidentielle de 2027 défendent leur abolition. Beaucoup préfèrent la formule ambigüe « travailler plus ». Qu’entendent-ils par-là ?
« Travailler plus » ! Le slogan est dans la bouche de nombreux politiques. Pourtant, le débat qui a eu lieu, jeudi 27 août 2026 lors de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF) organisée par le Medef, entre sept des candidats actuellement déclarés, n’y a pas accordé une grande place. Il est néanmoins possible de se faire une idée de ce que pensent les uns et les autres à partir de leurs interventions et des programmes mis en ligne, même s’ils sont encore bien souvent embryonnaires.
La gauche et la réduction du temps de travail
Jean-Luc Mélenchon croit toujours que le travail doit se partager. Il prône le « travailler tous, travailler moins, travailler mieux » et les 35 heures effectives pour tous (c’est-à-dire sans heures supplémentaires), voire les 32 heures pour ceux qui ont un métier pénible ou travaillent de nuit. Revendiquant aussi une sixième semaine de congés payés et un départ à la retraite à 60 ans, il est clairement partisan d’une réduction globale du temps de travail.
Raphaël Glucksmann semble être un défenseur du statu quo : pas d’évolution de la durée du travail ni de l’âge de départ à la retraite. Son propos tourne autour de l’augmentation des rémunérations et de l’amélioration des conditions du travail. Ce n’est pas « travailler plus » qui l’intéresse, mais « travailler mieux et gagner davantage » (notamment en augmentant le Smic net à 1600 € d’ici 2029).
Marine Tondelier rejette, elle aussi, la logique du « travailler plus ». Pas d’augmentation du temps de travail donc, ni de recul de l’âge de départ à la retraite (puisqu’elle souhaite l’abrogation de la réforme de 2023). Elle s’oppose également à la réduction de la durée d’indemnisation du chômage proposée par Edouard Philippe (nous y reviendrons). Selon elle, c’est l’investissement dans la transition écologique qui créera des emplois et permettra au plus grand nombre d’en trouver un.
Tous ces potentiels candidats sont aussi des partisans invétérés des congés en tous genres – menstruel, climatique, pour la perte d’un animal de compagnie, etc. – qui ne font que réduire la durée effective de travail.
Attal et Le Pen misent sur l’augmentation du taux d’emploi
Marine Le Pen, dont les propositions économiques la rapprochent bien souvent de la gauche, défend toujours la retraite à 62 ans et même la possibilité de partir à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt. En parallèle, elle affirme que le taux d’emploi est trop bas et souhaite inciter les seniors à poursuivre leur activité professionnelle, notamment par la suppression des cotisations chômage et retraite. Son credo est « Travailler plus pour garder plus » : il s’agit de faciliter le recours aux heures supplémentaires en faisant en sorte qu’elles rapportent davantage. Augmenter la durée légale de travail n’est pas envisagé.
Gabriel Attal – qui, ne l’oublions pas, vient du Parti socialiste – n’est pas obnubilé par l’idée de faire travailler davantage les Français, selon les déclarations de son entourage. De fait, pour l’ancien Premier ministre, augmenter le temps travail signifie réduire le temps consacré à la famille, aux associations, à la vie civique, etc. qui sont, pour lui, des temps de « production sociale ». Il est néanmoins disposé à faire sauter le plafond des 220 heures supplémentaires annuelles, et défend la baisse des charges salariales afin d’augmenter le salaire net et l’incitation à travailler. Il est aussi partisan du retour à un départ à la retraite à 64 ans.
La droite reste timide sur la durée légale de travail
Edouard Philippe joue sur les deux tableaux : pour lui, « travailler plus » signifie « travailler plus nombreux », mais aussi « travailler plus chacun ». Il s’agit donc d’une part, d’augmenter le taux d’emploi des jeunes et des seniors et d’autre part, d’accroître la durée de la vie active avec, notamment, un recul de l’âge de départ à la retraite potentiellement jusqu’à 67 ans. Il propose, par ailleurs, de ramener de 18 à 12 mois maximum la période d’indemnisation des chômeurs de moins de 50 ans. En revanche, il ne compte pas agir sur la durée légale de travail.
Bruno Retailleau a rappelé, à la Rencontre du Medef, que les Français travaillent environ trois semaines de moins par an que leurs voisins européens. Il propose ainsi de passer la durée légale de travail de 1607 heures aujourd’hui à 1623 heures (soit environ 2 jours supplémentaires), et d’exonérer de charges sociales les heures travaillées au-delà de ce seuil. C’est le « travailler plus pour gagner plus ». Il a aussi remis en cause la retraite à 60 ans et proposé de lier l’âge de départ à l’espérance de vie. En baissant le coût du travail et en réduisant l’assistanat, il compte faire revenir des personnes vers l’emploi.
Quant à David Lisnard – candidat le plus libéral qui n’était pas invité par le Medef, ce qui n’est pas bon signe –, il ne semble pas remettre en cause les 35 heures et laisse à la négociation collective le soin de faire sauter ce verrou. En revanche, il prévoit de favoriser l’emploi en simplifiant le code du travail, en créant un contrat de travail unique (fusion du CDD et du CDI), en réduisant les contraintes qui pèsent sur les entreprises. Il compte aussi rendre le travail systématiquement plus rémunérateur que l’inactivité avec une allocation sociale unique plafonnée à une fraction du Smic. Il est favorable à un départ à la retraite à 65 ans.
Les Français ont trop de congés
A part Bruno Retailleau, personne n’ose s’attaquer frontalement aux 35 heures. Mais pourquoi le candidat de LR se limite-t-il à deux jours supplémentaires ? Pourquoi ne pas se contenter de la durée maximale hebdomadaire en vigueur dans l’Union européenne (UE) qui est de 48 heures en moyenne par semaine et laisser à la négociation entre employeur et salarié le soin d’en fixer la durée précise ?
De même, la durée minimale des congés annuels pourrait être ramenée à 4 semaines (soit l’équivalent de 20 jours ouvrés pour un plein temps) comme le minimum prévu par la réglementation de l’UE. Beaucoup de Français sont prêts à travailler plus comme le montre une étude menée par Deel, plateforme spécialisée dans la paie et les ressources humaines. Elle révèle, en effet, que les salariés français sont parmi les mieux lotis au monde en termes de congés – 34 jours par an en médiane, RTT compris (contre 28 en moyenne, et 26 en Allemagne, 25 au Danemark, 24 en Suède…) – et qu’ils sont aussi ceux qui en laissent perdre le plus – 6 jours de congés restent inutilisés chaque année. Seuls 25% des salariés utilisent l’ensemble de leurs droits, soit le plus faible taux du panel.
Chercher à augmenter le taux d’emploi, notamment des jeunes et des seniors, en allégeant les contraintes de toutes sortes qui pèsent sur les entreprises et en luttant contre l’assistanat, pour que nous travaillons plus collectivement est assurément indispensable. Mais libérer le temps de travail pour permettre à ceux qui veulent travailler plus de pouvoir le faire serait aussi à envisager.
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