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jeudi 17 septembre 2026

M. Lecornu, ce n’est pas à Google de financer les gaspillages de l’État !

Temps de lecture : 2 minutes

Sébastien Lecornu vient de découvrir une idée qui mériterait d’être appliquée plus souvent : quand les recettes augmentent, on peut réduire les prélèvements. Dans un courrier adressé le 15 septembre à Ursula von der Leyen, le Premier ministre demande à la Commission européenne que les recettes exceptionnelles liées à l’amende infligée à Google servent à « alléger la charge pesant sur les États membres », plutôt qu’à financer de nouvelles dépenses. La somme n’est pas négligeable : l’amende de 4,1 milliards d’euros infligée en 2018 pour abus de position dominante, définitivement confirmée en juillet par la Cour de justice de l’UE, atteint 4,6 milliards d’euros avec les intérêts. Inscrite comme recette supplémentaire au budget européen, elle viendrait réduire d’autant les contributions des États membres, dont celle de la France M. Lecornu souhaite également que les recettes provenant des droits de douane et de la taxe sur les petits colis soient utilisées pour réduire les contributions nationales.

À première vue, la proposition semble plutôt raisonnable : si Bruxelles encaisse davantage que prévu, pourquoi ne pas en profiter pour réduire la participation des États membres au budget de l’UE ? D’autant plus que nombre d’entre eux « sont confrontés à de fortes contraintes sur leurs finances publiques et à un durcissement des conditions d’emprunt sur le marché des obligations souveraines », affirme le Premier ministre.

À un détail près : l’amende Google ne sera pas encaissée tous les ans. Répartie entre les Vingt-Sept, elle ne rapporterait à la France que quelques centaines de millions d’euros, alors que, selon le Sénat, la proposition de la Commission pour le cadre financier 2028-2034 ferait passer la contribution française de 26 à 36 milliards d’euros par an en moyenne. Les recettes supplémentaires de droits de douane ne suffiront pas non plus pour redresser les finances publiques françaises. En faire une ressource budgétaire, c’est donner aux pouvoirs publics un intérêt à les maintenir élevés.

Quant à Google, il n’a rien du passager clandestin que l’on se plaît à décrire. La multinationale américaine paie déjà beaucoup d’argent en France. Lors d’une audition au Sénat en mars 2025, ses dirigeants ont indiqué que les trois entités françaises du groupe avaient acquitté 85 millions d’euros d’impôts en 2023, dont 22 millions au titre de l’impôt sur les sociétés pour Google France SARL, auxquels s’ajoutaient 136 millions d’euros de cotisations sociales. En septembre 2025, l’entreprise a été condamnée à payer 325 millions d’euros d’amende par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL).

Ni une multinationale américaine, ni les acheteurs de petits colis n’ont vocation à servir d’expédients à un déficit qui, lui, est parfaitement structurel. Stabiliser les dépenses de l’État à leur niveau de 2026, comme M. Lecornu l’a demandé à ses ministres, ne suffira pas non plus. Plutôt que de compter sur les amendes infligées aux entreprises étrangères, le gouvernement pourrait s’attaquer à la dépense. Encore faut-il un peu de courage politique.

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