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samedi 14 février 2026

Mercosur : la concurrence déloyale des agriculteurs européens

Temps de lecture : 2 minutes

Les agriculteurs français continuent de se mobiliser contre le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Marché commun du Sud (Mercado Común del Sur), couramment appelé Mercosur, qui doit être signé samedi 17 janvier 2026 au Paraguay… après 26 ans de négociations.

Les paysans français, et principalement les éleveurs bovins, s’opposent à ce texte parce qu’il les mettrait à la merci de la « concurrence déloyale » des producteurs sud-américains. IREF-Contrepoints a dénoncé, à de multiples reprises ces derniers mois, cette argumentation non fondée. D’abord parce que si l’élevage bovin est en crise, cela n’a rien à voir avec le Mercosur mais plutôt avec la règlementation et la fiscalité tentaculaires et tatillonnes. Ensuite parce que les volumes de viande qui sont censés envahir l’Europe ne représentent qu’à peine 1,5% de la consommation européenne. Enfin parce que la notion même de « concurrence déloyale » n’a ici aucun fondement : ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas le même niveau de normes et de charges que nous que les producteurs d’Amérique latine doivent être accusés de tous les maux.

En réalité, si « concurrence déloyale » il y a, elle est dans l’autre sens. Ce sont les agriculteurs français, et plus largement européens, qui faussent la concurrence avec les aides dont ils bénéficient.

La Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (Farm) a développé un observatoire mondial pour suivre, analyser, et comparer le soutien octroyé par les gouvernements à l’agriculture et à l’alimentation. Cet observatoire publie plusieurs indicateurs. Celui appelé « Soutien total à l’agriculture et à l’alimentation » nous semble le plus pertinent à prendre en considération. Il prend en compte d’une part les dépenses publiques de soutien à l’agriculture et à l’alimentation (transferts budgétaires aux producteurs, transferts aux consommateurs, services collectifs pour le développement du secteur agricole comme les infrastructures, la formation, la recherche, etc.), et d’autre part les soutiens des prix du marché (droits de douane, taxes, subventions, etc.).

Les données ne sont malheureusement pas disponibles pour tous les pays du Mercosur. Elles le sont cependant pour les principaux pays. Nous découvrons ainsi que le soutien total à l’agriculture et à l’alimentation (STAA) représentait, en 2022 (dernières données disponibles), 4,13% de la valeur de la production agricole au Brésil. Le ratio était de 6,33% pour le Chili, de 5,02% pour la Colombie, et de -12,68% pour l’Argentine. Alors qu’en Europe, il était de 19,66%.

Argentine mise à part – qui, bien avant Milei, ne subventionnait pas son agriculture – il s’avère que les pays sud-américains pour lesquels nous disposons de données soutiennent cinq fois moins leur agriculture que les Européens. Ce sont bien donc ces derniers qui font une concurrence déloyale aux producteurs du Mercosur.

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15 réponses

  1. Ce n’est pas faux! mais faites la même analyse sur les contraintes réglementaires pour que le tableau soit complet…
    Mais dans ce conflit ne passons pas à coté de l’essentiel: Les français viennent de découvrir que LA FRANCE N’EXISTAIT PLUS, malgré l’opposition de façade de Macron, l’Europe lui impose son choix.
    Maintenant les sceptiques doivent prendre conscience de cette réalité à laquelle ils ne voulaient croire:
    LA FRANCE N’EXISTE PLUS: ce n’est plus qu’une simple province de l’Europe.
    C’est acté.
    J’ai de la peine pour ceux qui s’en réjouissent !

  2. Le Mercosur est la goutte d’eau en trop ! Vous savez ce truc qui ne semblait pas important mais qui arrive sur un terrain exaspéré.
    Le véritable problème, celui d’avant, ce sont les produits d’Ukraine, qui démontrent que la Commission de l’UE adore mettre des normes et des obligations mais ne regarde pas pour ceux qu’elle protège !
    Il est archi-temps que la France puisse enfin décider avec qui elle veut produire et commercer, qui elle accepte sur son territoire et quelle éducation elle veut donner à ses enfants !

  3. « Ce sont bien donc ces derniers qui font une concurrence déloyale aux producteurs du Mercosur. »

    Admettons, égalisons la concurrence. Donc nos paysans disparaissent complètement. Sans doute mangerons nous plus mal, pas grave. Mais qui que quoi dont où les remplacera dans nos beaux paysages ? Nos écolos permaculturants, nos potagers autosuffisants ?

    1. Nous pensons qu’avec une agriculture plus libre en France, nos agriculteurs seraient capables d’être compétitifs.
      L’agriculture allemande a dépassé la française en quelques années. Ce n’est quand même la faute aux Sud-américains !

  4. Il faudrait pouvoir comprendre. Nos gouvernants, au nom de l’écologie, nous suggère à longueur de journée les avantages du circuit court et il est dans son rôle. Maintenant pour des raisons strictement commerciales et à courte vue on veut faciliter le commerce international, tout en sachant qu’un porte conteneurs pollue comme plusieurs dizaines de milliers de voitures, pour exporter de la haute technologie, pas certain et l’Europe n’est guère la mieux placée, non de bagnoles et importer toutes sortes de choses qu’on peut produire aujourd’hui en Europe.
    Finalement, l’environnement n’y gagnera rien et nos paysans qui entretiennent notre nature y perdront sans doute beaucoup, surtout en France ou le zèle réglementaire est à l’image de la dette du pays, toujours en croissance

  5. Et bé… Il fallait oser ! Dire que l’agriculture française ne doit pas craindre de la concurrence du Mercosur c’est ne pas connaître l’agriculture Sud américaine.
    J’ai travaillé deux ans en Argentine à La Cocha provincia de Tucuman. Nous avions 600 Ha, deux cycles soja et blé. Tracteurs de deux cents chevaux, gazole à un prix ridicule et salaire de 80 $ par mois pour 6 jours par semaine minimum 12 h par jour, impôts ? Je ne sais pas comment ça se dit en espagnol on payait une taxe appelée  » Retenciones » . Aucun contrôle, aucune déclaration.Nous étions entouré de deux fincas ; l’une de 600 Ha aussi et l’autre qui faisait de l’élevage bovin. Savez-vous comment ils commercialisaient leurs bovins ? Ils pesaient les camions à vide, chargeaient et les repesaient. Le patron en deux ans n’est jamais venu. Vous pensez sérieusement que les agriculteurs français sont ou seront favorisés ? Et c’est encore pire au Brésil.

    1. Nous ne disons pas qu’il n’y a rien à craindre du Mercosur. Au contraire, il y a potentiellement beaucoup à craindre si nous ne libéralisons pas l’agriculture française, accablée par les normes.
      Quant aux tricheurs, il existe en Argentine comme en France. Il y a quelques années, des Corses ont été épinglés pour avoir touché indûment des subventions de la politique agricole commune pour un montant total de 536 000 euros.

      1. Oui, oui, sans aucun doute. Les arguments des agriculteurs français contre le Mercosur sont effectivement à côté de la plaque, mais ils partent d’un constat parfaitement réaliste. Mais vous oubliez complètement le fait que soumettre les agriculteurs à cette concurrence sans leur laisserr les moyens d’y faire face, c’est comme mettre sur le champ course un cheval lesté d’un boulet à chaque pied face à un levrier survitaminé, tout en prétendant que le cheval français est surprotégé et qu’il n’a qu’à faire des efforts. On se moque du monde ici, ok pour abolir toutes les aides aux agriculteurs et tout ce système de PAC, mais à la condition de supprimer aussi tout ce délire de régulation et de taxation impossibles.

  6. Bonjour.
    Merci pour cet article courageux en ces temps obscurs de propagande et de protectionnisme débile.
    L’UE doit mettre fin à son inflation réglementaire et normative et la France doit cesser de surtransposer (interdiction de substances phytos autorisées en Allemagne, par exemple) et de matraquer tout agriculteur qui a des velléités de produire à une échelle compatible avec ses marchés.
    Grâce à nos adorateurs du « bio » version « Martine à la ferme », à nos organisateurs de pénuries (lait, oeufs, poulets sont désormais massivement importés car plus produits en France tant en qualité qu’en quantité) et à notre imbécile ministre qui crée un « observatoire du déclin agricole » après avoir entériné la non moins imbécile « montée en gamme », l’agriculture française se meurt.
    Sincères salutations.
    Et vive l’agriculture qui produit, qui est capable d’alimenter les usines de l’agroalimentaire en France !

  7. Les problèmes de l agriculture française sont internes manque de compétitivité, trop de normes, structures beaucoup trop éclatées, guerre syndicale…..
    Allons voir nos amis allemands hollandais danois……qui performent
    Le mercosur n est qu un bouc emissaire facile pour éluder nos difficultés propres

  8. Sur le fond je suis assez d’accord avec vous mais à un détail près cependant. Je ne parlerais pas de concurrence mais plutôt de bêtise profonde de nos gouvernants . Dans le fond il n’y a pas de concurrence il y a seulement des agriculteurs à qui on prend beaucoup et que l’on essaye de soulager un peu en leur restituant un peu de ce qu’on leur a pris . Je prend de la main droite et je redonne un peu de la main gauche .
    Mettons tout à plat , laissons le marché agir sans intervention de l’etat et recommandons à nos gouvernants de relire ( lre ?) Milton Friedman.

  9. À l’heure où les USA et la Chine privilégient leurs sécurités d’approvisionements, l’UE peut elle sacrifier sa souveraineté alimentaire au dogme de la mondialisation heureuse ? Pas sur.

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