Jour après jour, la rigidité du marché du travail en France se fait ressentir, et les statistiques d’Eurostat le confirment. La base de données européenne a publié des chiffres sur les entreprises à forte croissance en Europe : ils sont tout sauf rassurants pour la France.
Afin de poser le cadre théorique, une « entreprise à forte croissance » (high-growth enterprise) est, selon Eurostat, « une entreprise dont la croissance annuelle moyenne du nombre d’employés dépasse 10 % par an, sur une période de trois ans (t – 3 à t). L’entreprise doit avoir au moins 10 employés en T – 3. ». Toujours selon Eurostat : « Les entreprises à forte croissance (HGE) jouent un rôle important dans la création d’emplois et l’innovation dans le marché unique de l’UE. En tant que moteurs de l’emploi, du renouvellement industriel et de la productivité sectorielle, ils sont au cœur de l’entrepreneuriat européen et de la croissance économique. »
En 2023, en Europe, les entreprises à forte croissance représentaient 10,5 % de toutes les entreprises actives de l’UE, et celles-ci fournissaient 12,9 % des emplois. En 2024, le niveau reste quasiment inchangé (-0,1 %).
Entre 2023 et 2024, les évolutions positives du nombre d’entreprises à forte croissance les plus fortes étaient en Lettonie (23,6 %), en Espagne (14,4 %) et à Malte (12,7 %). L’Allemagne connaît également une belle évolution, à 7,5 %. Quant à la France, son évolution est négative, à -1,5 %, soit en dessous de la moyenne européenne.
Mais ce n’est pas le seul chiffre problématique de l’étude. En effet, en 2023, parmi les 3 pays où ce profil d’entreprise était le moins présent, on retrouvait Chypre (2,80 %), la Belgique (7,32 %), et… la France, à 8,56 %, soit environ 2 points de pourcentage de moins que la moyenne européenne. Par ailleurs, la Belgique a connu une évolution de 9,6 % sur la période 2023-2024. À terme, la possibilité qu’elle rattrape la France est donc envisageable. Parmi les pays où les entreprises à forte croissance sont les plus présentes, on retrouve l’Irlande (21,12 %), la Grèce (17,11 %) et la Finlande (15,91 %).
Par ailleurs, dans la catégorie des jeunes entreprises à forte croissance (les « gazelles »), la France se retrouve encore une fois dans la queue de peloton, à 0,62 %, contre 0,87 % au sein de l’Union européenne.
En ce qui concerne les microentreprises (1 à 9 salariés), les mêmes constats persistent. Sur la base des données de 10 pays qu’Eurostat a fournies, et avec une méthodologie différente (les microentreprises doivent avoir créé plus de 3,31 emplois en trois ans, quel que soit leur effectif de départ), c’est la Pologne qui avait la plus faible part des microentreprises à forte croissance (1,1 %), suivie de la France, à 2,3 %. Quant aux pays où la part des microentreprises à forte croissance était la plus forte, il s’agissait du Portugal (5,7 %), de la Grèce (5,6 %) et des Pays-Bas (4,2 %).
Finalement, les chiffres français mettent en lumière une idée bien connue : le marché du travail en France est (trop) rigide. Aujourd’hui, avec un coût salarial trop élevé, il est difficile pour les entreprises de tout type de recruter, et donc de se développer. Un chômage en hausse, un taux d’emploi faible : libérer le marché du travail français n’est plus une option, c’est une nécessité. 2027 arrive très vite, et ce sujet va devoir être largement pris au sérieux.
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