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vendredi 4 septembre 2026

Radio France : le pluralisme à géométrie variable

Temps de lecture : 2 minutes

Le pluralisme serait-il à géométrie variable ? Le 2 septembre, le personnel de Radio France a voté, lors d’une assemblée générale, une motion pour protester contre le recrutement d’un journaliste de Valeurs Actuelles. Les salariés n’ont pas toléré le fait que soit donnée une tribune à Charles Sapin, nouvel éditorialiste politique sur France Inter. Ce dernier, passé par L’Opinion, Le Parisien, CNews, Le Figaro ou encore Le Point, y donne une chronique hebdomadaire sur l’actualité politique. Il est également directeur adjoint de la rédaction de Valeurs Actuelles.

« Ligne rouge inacceptable », affirment-ils, désignant Valeurs Actuelles comme un « organe de l’extrême droite multicondamné ». Le fait qu’un journal classé à droite soit représenté chez France Inter est considéré comme « problématique » du point de vue « de la démocratie, de l’humanisme et du respect des droits » pour Lionel Thompson, rédacteur en chef chez Radio France. Jusqu’où doit aller le pluralisme ?, demande le journaliste Paul Gasnier sur Quotidien, qui préfère parler de « torchon d’extrême droite » à propos de Valeurs Actuelles. Pour lui, le recrutement du n°2 de ce journal revient à « céder » à Charles Alloncle, rapporteur de la commission sur l’audiovisuel public. Valeurs Actuelles a en effet pris position sur le sujet, dénonçant « conflits d’intérêts, gabegies et entre-soi bobo ».

Il faut bien reconnaître à Valeurs Actuelles un certain nombre de condamnations, notamment pour des contenus qui ont suscité de graves controverses. La Cour de cassation a définitivement condamné le magazine en 2024 pour injure publique à caractère raciste dans l’affaire de la caricature de Danièle Obono. Mais cela ne signifie pas que chacun de ses journalistes devient, par association, indigne de prendre la parole sur une radio publique. Charles Sapin doit-il être jugé sur ses chroniques, ou condamné par avance pour l’identité éditoriale de son employeur ?

La direction de Radio France a choisi la première option : le 3 septembre, son directeur éditorial Vincent Meslet a refusé d’écarter le journaliste au nom de l’indépendance éditoriale. Il a estimé que les salariés du groupe le jugeaient sur le « symbole » que représente Valeurs actuelles plutôt que sur « des faits, des actes ou des chroniques précises ». M. Meslet a ainsi rejeté le raisonnement bolchevik des journalistes de Radio France, qui préfèrent juger un homme selon le groupe auquel il appartient, et non sur ses accomplissements individuels. Les gesticulations verbales de ces mêmes journalistes montrent surtout une chose : l’intolérance de ceux qui se réclament pourtant de la tolérance, de la démocratie et de l’humanisme, mais ne supportent pas qu’une voix différente puisse s’exprimer dans une rédaction labellisée « service public ». Voilà qui donne du grain à moudre à ceux qui défendent la privatisation.

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