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dimanche 10 mai 2026

Tentaculaire et endetté, l’État fragilise aussi le secteur privé

Temps de lecture : 5 minutes

Notre État est un géant aux pieds d’argile. Ne cessant d’enfler, il devient de plus en plus impotent et impuissant. Il suffit de regarder la situation des services publics pour s’en convaincre. Le pire est que cela finit par altérer aussi le secteur privé, et plus largement toute la société civile.

Nous n’apprendrons rien à nos lecteurs en leur disant que tous les rouages grincent et que rien ne semble pouvoir arrêter une machine étatique devenue folle et hors de contrôle, qui dépense sans compter, empile les prélèvements obligatoires, accumule les déficits et les dettes et se mêle de tout de la manière la plus brouillonne. Nous nous attacherons plus particulièrement ici à deux secteurs essentiels, celui de l’école et celui de la santé.

Des élèves démotivés, des enseignants découragés

Bien qu’il soit le troisième plus important employeur au monde, derrière Walmart et Amazon, le ministère de l’Éducation nationale, avec son 1,2 million d’agents et son budget de 87 milliards d’euros (Md€), n’affiche pas des performances olympiques. C’est le moins que l’on puisse dire.

La France se classe 26ᵉ au classement Pisa 2024 – programme international pour le suivi des acquis des élèves, mis en œuvre par l’OCDE afin de mesurer les performances des systèmes éducatifs – et dernière d’Europe au Timss – enquête internationale sur les acquis scolaires en sciences et mathématiques, menée par l’International Association for the Evaluation of Educational Achievement. Elle est aussi le pays de l’OCDE qui génère le plus d’inégalités scolaires.

L’Éducation nationale est devenue un appareil bureaucratique qui ne se contente pas de « fabriquer des crétins », elle mécontente aussi ses propres agents. Leur nombre a beau progresser sans cesse alors que celui des élèves baisse, ils passent leur temps à faire grève : 91% des jours de grève de la fonction publique sont de leur fait. Il est vrai qu’ils ont de quoi se plaindre : l’insécurité est désormais patente dans la plupart des établissements, les parents d’élèves peuvent se montrer menaçants et il n’est plus rare que les élèves soient armés. Comme les ministres (7 depuis 2022), les réformes se succèdent, la dernière n’ayant même pas laissé le temps à la précédente de produite ses effets ; les élèves ne s’intéressent plus à rien, leur diplôme leur étant désormais donné ; les chicaneries administratives prolifèrent tout comme les demandes contradictoires de la hiérarchie, etc.

La dernière enquête Talis (Teaching and Learning International Survey) de l’OCDE, publiée en octobre 2025, confirme le mal-être des enseignants français. Leur niveau de satisfaction quant aux conditions d’exercice de leur métier a chuté de plus de 20 points en cinq ans. C’est la plus forte baisse des 55 pays qui ont participé à l’enquête. On constate, par ailleurs, une multiplication par cinq des départs d’enseignants en 10 ans. En valeur absolue, les chiffres restent faibles (à peine 3000 par an), mais « la tendance à l’œuvre doit véritablement constituer un signal d’alarme », indique un rapport sénatorial de 2023.

Déficits, déserts médicaux, bureaucratie prolifique : la Santé se porte mal…

En matière de santé, la situation n’est guère meilleure. La Sécurité sociale est en déficit chronique bien qu’elle rogne chaque année sur les remboursements et se déleste sur les assurances complémentaires. Les déserts médicaux s’étendent, rendant l’accès aux soins de plus en plus difficile pour un nombre croissant de Français.

Quant à l’hôpital public, il est en crise profonde. Gangréné par la bureaucratie, également en déficit (près de 3 Md€ fin 2024), il offre des conditions de travail de plus en plus dégradées – vétusté des équipements, charge de travail importante, manque de temps pour s’occuper réellement des patients, violences et insécurité… – qui génèrent une désaffection préoccupante du personnel (absentéisme, démissions) et des difficultés croissantes à recruter. Environ 25.000 postes seraient à pourvoir, selon la Fédération hospitalière de France (FHF). Les services des urgences sont partout saturés, ce qui entraîne une baisse de la qualité et de la sécurité des soins. Dans ce secteur aussi, les boussoles semblent détraquées : comment garder quelque cohérence entre les 9 ministres qui se sont succédés depuis le second mandat d’Emmanuel Macron ?

Le secteur privé affecté

L’état déplorable dans lequel se trouvent l’école et l’hôpital est déjà préoccupant, mais on peut se demander si le pire n’est pas que l’État tente de transmettre la maladie au secteur privé.

En matière éducative, l’école privée obtient de meilleurs résultats pour un moindre coût : l’État dépense 8450 € pour un élève du public alors que 4000 € suffisent pour un élève du privé ; les collectivités locales dépensent 3850 € pour un élève du public contre 1925 € pour un élève du privé. C’est sans doute parce que le public ne peut pas soutenir la comparaison qu’il s’efforce de mettre des bâtons dans les roues du secteur privé.

Ainsi l’État limite-t-il les moyens (financiers, matériels et humains) publics accordés à l’enseignement privé à 20% du total des dépenses, empêchant ce dernier d’accueillir tous les élèves qui frappent à sa porte. Les collectivités locales, de leur côté, sont nombreuses à ne pas respecter la loi qui leur impose de participer aux dépenses de fonctionnement des écoles privées (comme elles le font pour les écoles publiques), via des forfaits (communaux, départementaux et régionaux). Comme nous l’avons dénoncé récemment, il manque aujourd’hui 900 millions d’euros (M€) à l’enseignement catholique.

Mais l’attaque du public contre le privé ne s’arrête pas là. Elle prend bien d’autres formes : contrôles abusifs, remise en cause du « caractère propre » de l’enseignement catholique, dénonciation d’une insuffisante « mixité sociale », etc. Elle vise aussi les écoles libres indépendantes (hors contrat) qui connaissent une croissance insolente, et l’instruction à la maison, deux options remises en cause au nom de la « lutte contre les séparatismes ». En un mot comme en cent, l’école publique tente de tuer une concurrence qui met en exergue sa nullité.

Dans la santé, c’est la même chose. L’État semble vouloir appauvrir les cliniques privées. Selon la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), près de la moitié (46%) des établissements étaient déficitaires l’année dernière, cumulant 240 M€ de pertes (contre 175 M€ en 2024). En cause, un financement insuffisant alors que leurs ressources dépendent à 90% de l’Assurance maladie. Les tarifs qu’on leur impose les empêchent d’être rentables : « Le secteur privé ne perçoit que 17% des financements hospitaliers alors qu’il assure 35% de l’activité hospitalière en France, dont 60% de la chirurgie, 40% des traitements du cancer ou encore 28% de la psychiatrie ».

Nous pourrions également mentionner les médecins libéraux qui exercent en secteur 3, dont les prescriptions ne seront plus remboursées à partir du 1er janvier 2027. Une mesure discriminatoire vis-à-vis de leurs patients qui cotisent pourtant à la Sécurité sociale, visant à tuer une alternative au secteur 1, aujourd’hui quasiment nationalisé.

L’Etat entretient une dépendance toxique

Non content d’entretenir la gangrène de ses propres membres, l’État tente donc de la transmettre à toute la société. Le dernier exemple en date est le « prêt Flash Carburant » disponible depuis le 13 avril. Il consiste à aider les petites et moyennes entreprises à faire face à la hausse des prix des carburants en leur accordant un prêt compris entre 5000 et 50.000 € sur une durée de 36 mois, avec un taux d’intérêt de 3,8%. Il s’agit donc d’inciter les TPE et PME à faire comme l’État : emprunter pour financer les dépenses courantes. Et pourquoi pas ensuite, emprunter pour rembourser l’emprunt !

Pour en revenir aux écoles et aux cliniques privées, elles auraient tout intérêt à s’éloigner de l’État si elles ne veulent pas finir par disparaître. Défendre le chèque-éducation pour les premières, et les assurances maladies privées et concurrentielles pour les secondes est la condition de leur survie.

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7 réponses

  1. Direction : la faillite complète de la France, économique, morale et financière, suivie d’une révolution violente, sociale et ethnique, aux multiples revendications, et terminée par une dictature plus ou moins rigide. Vive la France, j’en pleure pour nos enfants.

  2. La gestion socialiste dans toute sa splendeur !
    Elle consiste à infantiliser et assister au maximum la population et en écrasant toute velléité privé sur si elle est de qualité… 
    Les citoyens de moins en moins intelligents et peu enclins au travail se font très bien à cette médiocratie ambiante !
    Conclusion une fois rentré dans le cycle c’est l’étouffement progressif, l’endettement et l’incapacité à redresser la barre… Notre société à bout de souffle arrive à son terme, et les populations extérieures sollicitées en appoint vont remplacer la notre… 

  3. La réponse depuis 1981: Toujours plus de socialisme…et de contrôle de l’état nounou. Mais c’est une nounou incompétente.
    Mais quand l’électeur va t il realiser que ça échoue absolument partout ?

  4. Ce n’est en rien une surprise . Dit en autres termes , l’Etat est le plus mauvais gestionnaire que l’on connaisse , il est en cela l’exemple absolu à ne pas suivre . Comment considérer autrement un Etat qui s’endette pour assurer ses dépenses de fonctionnement . Alors qu’un endettement pour des dépenses d’investissements s’auto rembourse .
    Et poursuivre ainsi , sans la moindre honte , juste poussé par la culture de la dissimulation et du mensonge , ces messieurs sont des irresponsables . Dans une entreprise on les vire.

  5. Merci beaucoup pour cet article complet, très intéressant, qui donne des arguments pour répondre aux détracteurs des cliniques privées notamment.

  6. Ecoles, hopitaux, Entreprises d’ETAT, administration, toutes les institutions souffrent d’une désorganisation, de laisser aller, d’une démotivation non pas liés au manque de moyens puisqu’à toutes choses egales nous dépensons plus que les autres pays de l’OCDE, mais d’un manque d’encadrement, de la perte de l’indispensable exemplarité, d’une perte de l’autorité ( à laquelle se substitue un autoritarisme débile).
    Le travaille dans le milieu médical et subit quotidiennement la désorganisation de l’hopital ou la déliquescence s’agrave chaque jour exposant les patients à une maltraitance scandaleuse. La comparaison avec la Suisse qui ne dépense pas plus est sidérante. Peut on s’inspirer de ce pays? Non , nos elites sont tellement imbues de leur « supérriorité ». Libéralisons la formations de ces « elites »

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